Des prévisions de croissance très décevantes
Le moral des dirigeants allemands n'était pas à la fête ce mercredi 27 mai. Le chancelier Friedrich Merz et plusieurs membres de son gouvernement ont rencontré les cinq professeurs d'économie qui composent le Conseil allemand des experts économiques, un organe consultatif indépendant. Le dernier rapport de ce conseil est sans appel : il souligne l'état très dégradé de l'économie allemande.
« Malheureusement, nous avons dû revoir à la baisse les prévisions de croissance que nous avions données dans notre rapport de l'année », a déclaré la présidente du conseil, Monika Schnitzer, avant la réunion à la chancellerie. « Nous nous attendons désormais à une croissance du produit intérieur brut (PIB) de seulement 0,5% cette année et de 0,8% l'année prochaine. » L'inflation, elle, devrait grimper à 3% en 2026. Ces chiffres contrastent fortement avec la promesse faite par le chancelier en mai 2025, lors de l'entrée en fonction de son gouvernement : remettre rapidement l'économie sur les rails.
Colère du monde des affaires et perte de compétitivité
Les chefs d'entreprise expriment leur mécontentement croissant envers le gouvernement. Les principales fédérations industrielles s'inquiètent : depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la position concurrentielle de l'Allemagne dans l'économie mondiale n'a jamais été aussi précaire. Un emploi sur quatre dans le pays est lié au secteur industriel. Pendant des décennies, les exportations allemandes de voitures, de machines, de produits chimiques et pharmaceutiques ont prospéré. Or, depuis la récession prolongée qui a débuté en 2019, les entreprises allemandes perdent leur avantage concurrentiel mondial, et les sociétés exportatrices s'interrogent ouvertement sur la possibilité d'un redressement.
La guerre en Iran et les droits de douane américains aggravent la crise
À l'automne dernier, un espoir de reprise pour 2026 subsistait encore. Mais la guerre en Iran a douché ces espoirs. Le prix du fioul domestique a augmenté de 40%, et les prix du gaz et de l'électricité devraient continuer de grimper. Avant le conflit, 20% de la consommation mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitait par le détroit d'Ormuz, au large des côtes iraniennes. Le blocus de cette voie maritime, conjugué à la politique tarifaire du président américain Donald Trump, a des répercussions mondiales.
« Les droits de douane et la crise énergétique frappent l'économie allemande particulièrement durement, car elle est à la fois exportatrice de biens et importatrice de combustibles fossiles », a expliqué l'économiste autrichien Gabriel Felbermayr, récemment nommé au Conseil des experts économiques. Parallèlement, la pression concurrentielle sur les marchés mondiaux s'accentue, en particulier de la part de la Chine. En 2025, la Chine a encore augmenté le volume de ses exportations vers l'Europe. Or, l'Europe est le marché le plus important pour les exportations allemandes. « Cela exerce une énorme pression sur les industries allemandes, tant sur le marché intérieur que sur les marchés tiers », a ajouté Gabriel Felbermayr.
Conséquences démographiques et sociales
Le manque de croissance économique met également en lumière les problèmes structurels du pays. Le vieillissement de la population et le faible taux de natalité pèsent sur les systèmes de retraite et de santé, qui sont déjà sous tension. Le rapport du conseil d'experts souligne que sans reprise économique, ces systèmes deviendront encore plus difficiles à financer.