Les polémiques extra-sportives s'invitent à nouveau autour de la Coupe du monde de football, à quelques semaines de son coup d'envoi aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Dans un entretien accordé à Deutsche Welle, Andreas Rettig, directeur du football à la Fédération allemande (DFB), a livré une analyse sans détour des défis qui attendent la Mannschaft, tant sur le terrain qu'en dehors.
Un objectif sportif clair pour l'Allemagne
Après deux éditions consécutives où l'Allemagne a été éliminée dès la phase de groupes, l'objectif affiché est clair : figurer parmi les cinq meilleures nations du monde. "Si nous faisons mieux que notre classement actuel (neuvième au classement FIFA), ce serait un succès", a déclaré Rettig. Le technicien de 63 ans se montre réservé sur le format à 48 équipes, qu'il juge "gonflé", tout en reconnaissant que l'impatience monte à l'approche de la compétition.
Une "ordre fondé sur les valeurs" en déroute
Rettig n'a pas éludé les questions politiques qui entourent ce Mondial. Il a évoqué pêle-mêle "les prix des billets gonflés, les interdictions d'entrée pour cinq nations participantes, les coûts de transport excessifs et les tensions géopolitiques au sein du pays hôte principal, les États-Unis". Il a particulièrement insisté sur la guerre déclenchée par les États-Unis et le président Donald Trump contre l'Iran, pays qualifié pour la compétition, ainsi que sur les débats politiques internes suscités par les méthodes jugées trop dures des services d'immigration et de douane américains (ICE).
"Nous vivons une époque où nous sommes confrontés chaque jour à des choses qui me laissent perplexe", a confié Rettig. "Il se passe beaucoup de choses irrationnelles qui n'ont rien à voir avec le football, des choses qui vous font secouer la tête. Notre ordre fondé sur les valeurs est tombé dans le désarroi."
Les leçons du Qatar : ne pas faire taire les joueurs
Interrogé sur la position du DFB, Rettig a expliqué que la fédération avait tiré les leçons de la Coupe du monde 2022 au Qatar. À l'époque, la polémique autour du brassard "One Love" et la photo de l'équipe d'Allemagne, les joueurs se couvrant la bouche, avaient provoqué des remous. "L'équipe doit se concentrer avant tout sur le sport. Ces questions n'ont pas leur place dans le vestiaire", a-t-il expliqué. "Mais cela ne signifie pas que nous réduisons les joueurs au silence."
Selon lui, les joueurs sont suffisamment réfléchis et libres d'exprimer leurs opinions sur tout sujet. "Mais je pense que cela perturbe et détourne notre attention. Nous avons besoin de notre force et de notre énergie pour ce qui compte vraiment. Nous sommes avant tout une équipe de football et nous sommes jugés sur nos performances sur le terrain." Rettig a précisé que c'est aux dirigeants, comme le président de la DFB Bernd Neuendorf, de prendre la parole sur les questions politiques.
Un équilibre fragile entre sport et engagement
Le directeur a souligné la contradiction apparente entre la volonté de ne pas politiser le vestiaire et l'impossibilité d'ignorer le contexte. "On ne peut pas séparer le sport et la politique", a-t-il affirmé, tout en appelant à ce que l'équipe reste "avant tout une équipe de football". Cette position, qui tranche avec les protestations spectaculaires de 2022, vise à éviter que les polémiques n'affectent les résultats.
L'entretien intervient alors que les tensions internationales s'invitent dans le débat public allemand autour du Mondial. Les supporters allemands s'inquiètent notamment des frais de déplacement et des mesures de sécurité, tandis que les autorités américaines renforcent leurs contrôles aux frontières. Rettig n'a pas annoncé de boycott ou de protestation officielle de la part de la DFB, mais a insisté sur la nécessité d'avoir un discours clair.
Vers un Mondial sous haute tension
Alors que l'équipe d'Allemagne entame sa phase décisive de préparation, Rettig espère que les questions politiques ne prendront pas le pas sur le jeu. "Nous avons besoin de notre force et de notre énergie pour ce qui compte vraiment", a-t-il répété. Reste à savoir si les joueurs, dont certains ont déjà exprimé leur malaise face à la situation internationale, suivront cette ligne de conduite.
La Coupe du monde 2026 se profile comme un tournant pour le football allemand, tiraillé entre la volonté de renouer avec les succès sportifs et la nécessité de prendre position dans un monde où le sport semble de plus en plus inextricablement lié à la politique.