Un changement de modèle économique majeur
Anthropic et OpenAI, les deux entreprises les plus en vue de l’intelligence artificielle générative, seraient sur le point de réaliser leur premier trimestre rentable, selon des informations concordantes. Ce revirement s’explique par un constat simple : après des années à chercher un modèle viable, elles auraient enfin trouvé la bonne équation commerciale avec les agents de codification, ces programmes capables d’exécuter des tâches complexes sur ordinateur de manière quasi autonome.
Jusqu’à récemment, les deux sociétés facturaient leurs offres « Entreprise » à un tarif forfaitaire par siège et par mois, avec une consommation illimitée. Mais depuis plusieurs mois, elles ont discrètement modifié leurs conditions. Anthropic a supprimé le forfait « utilisation typique d’une journée de travail » proposé en août 2025 pour adopter, dès novembre 2025, une facturation à l’usage sur la base des prix de son API. OpenAI a suivi le mouvement en avril 2026, en alignant le coût de son outil Codex sur les tarifs de son API, y compris pour ses plans ChatGPT Business et Enterprise.
Des factures qui explosent pour les entreprises
Ces changements de grille tarifaire ont un effet direct sur les dépenses des clients. Un test personnel mené par un observateur du secteur montre ainsi qu’un abonné aux offres Max (Anthropic) et Pro (OpenAI) à 100 dollars par mois chacun consomme en réalité l’équivalent de près de 2 200 dollars de tokens API sur trente jours — soit un rapport de un à dix entre le prix de l’abonnement et la valeur réelle consommée. Les entreprises, qui déploient ces outils à grande échelle, voient leurs factures grimper en conséquence.
Cette évolution intervient alors que les deux sociétés viennent de lancer de nouveaux modèles plus puissants — GPT-5.5 le 23 avril, Opus 4.7 le 16 avril — dont les prix unitaires sont plus élevés que leurs prédécesseurs. GPT-5.5 coûte deux fois plus cher que GPT-5.4, tandis qu’Opus 4.7 est environ 40 % plus onéreux qu’Opus 4.6.
Les agents de codification, moteur de la croissance
Pour les analystes, la clé de cette rentabilité soudaine réside dans le succès des agents de codification, incarnés par Claude Code, Claude Cowork (Anthropic) et Codex (OpenAI). Ces outils, capables de générer, tester et déployer du code de manière autonome, consomment massivement des tokens — bien davantage qu’un simple chatbot — et s’adressent à des professionnels très bien rémunérés, prêts à payer pour gagner en productivité.
Contrairement à ChatGPT, qui revendique près d’un milliard d’utilisateurs actifs hebdomadaires mais dont seuls 5,6 % paient un abonnement, les agents de codification séduisent directement les directions informatiques des grandes entreprises. Ces dernières sont prêtes à signer des contrats annuels aux conditions de l’API, sans les rabais massifs dont elles bénéficiaient auparavant.
Des embauches massives dans la vente aux entreprises
La stratégie est confirmée par les recrutements en cours. OpenAI affiche actuellement 703 postes ouverts, dont 229 (32,6 %) liés à la vente et au support aux entreprises — account executives, ingénieurs déployés sur le terrain, responsables go-to-market. Anthropic, de son côté, propose 390 offres d’emploi, dont 105 (26,9 %) de nature similaire. Ce recours massif à la main-d’œuvre humaine pour conclure des contrats d’entreprise contraste avec l’image d’une industrie entièrement automatisée.
Un signal fort pour les marchés financiers
Ces annonces interviennent alors que les deux sociétés préparent leur introduction en Bourse (IPO). La capacité à démontrer un modèle économique rentable, adossé à des clients prêts à payer le prix fort, est un signal attendu par les investisseurs. L’infrastructure nécessaire à l’entraînement et à l’exploitation de ces modèles — estimée à 1 000 milliards de dollars par OpenAI — exige en effet des flux de trésorerie très importants.
Si la tendance se confirme, les agents de codification pourraient bien représenter le premier véritable marché de masse pour l’intelligence artificielle générative, loin des simples chatbots grand public. Reste à savoir si ce modèle de tarification à l’usage, associé à des modèles toujours plus chers, ne finira pas par brider l’adoption dans les PME.