Le 28 octobre 2023, Matthew Perry, l’acteur star de la série « Friends », est retrouvé inconscient dans son jacuzzi à Los Angeles. Les analyses attribueront sa mort aux « effets aigus » de la kétamine. Quelques heures plus tôt, selon les documents judiciaires, l’acteur avait ordonné à son assistant personnel, Kenneth Iwamasa : « Fais-moi une grosse dose. » Iwamasa a obéi.
Une affaire qui interroge tout un secteur
Kenneth Iwamasa, 61 ans, connaissait Matthew Perry depuis les années 1990 et était devenu son assistant à plein temps en 2022. Il a plaidé coupable de complot en vue de distribuer de la kétamine ayant entraîné la mort. Le parquet fédéral a requis une peine de 41 mois de prison. Le juge doit prononcer la sentence cette semaine.
Les membres de la famille Perry ont adressé au tribunal des lettres sans indulgence. La mère de l’acteur, Suzanne Morrison, a écrit : « Nous avons fait confiance à un homme sans conscience, et mon fils en a payé le prix. » Un proche a qualifié les actes d’Iwamasa de « trahison », soulignant que l’assistant avait pris la parole aux funérailles.
Martin Estrada, alors procureur fédéral pour le district central de Californie, a déclaré : « Son travail consistait à assister M. Perry, mais il a fait l’inverse. »
« Discrétion et loyauté » : les qualités recherchées
L’affaire a suscité un vaste débat parmi les professionnels du secteur. Les assistants de célébrités et les recruteurs condamnent unanimement le comportement d’Iwamasa, qu’ils jugent aberrant dans une profession où la majorité des employés respectent la loi. Mais plusieurs reconnaissent que les relations de pouvoir asymétriques entre patrons influents et subalternes désireux de s’imposer peuvent entraîner des dérives.
Emily Levine, vice-présidente exécutive chez Career Group Companies, spécialisée dans le placement pour des clients très en vue, explique que les assistants sont souvent choisis pour leur « discrétion, loyauté, confiance et jugement exceptionnel ». Ces qualités, concèdent des observateurs du métier, peuvent convaincre certains patrons que leurs employés sont prêts à tout pour les satisfaire.
Yukio Iwamasa, oncle de Kenneth, a défendu son neveu : « Ce n’est pas quelqu’un de perfide. C’est quelqu’un qui suit les instructions très sincèrement, très minutieusement. C’est pour cela qu’il était assistant personnel. C’est pour cela qu’il a été embauché et gardé. »
Un métier qui dépasse les courses et le café
Pour comprendre les réalités du travail d’assistant personnel, les enquêteurs ont examiné des centaines de pages de documents judiciaires et interrogé plus d’une douzaine d’assistants, anciens employeurs et recruteurs, à Hollywood et ailleurs. Plusieurs assistants, liés par des accords de confidentialité stricts, ont témoigné sous couvert d’anonymat.
Le recrutement se fait souvent par des canaux informels : agences spécialisées, recommandations, rencontres sur un lieu de travail, parfois même via les réseaux sociaux. Beaucoup d’assistants sont des « empathiques », des personnes altruistes qui veulent que tout fonctionne sans accroc.
Meghan Grimm, fondatrice de Clyde Staffing et ancienne assistante personnelle de Madonna et Jennifer Lawrence, insiste : « Il n’y a pas que le pressing, les courses et le café. » Ce métier apprend la résolution de problèmes et la responsabilité. « Je peux tout faire aujourd’hui, dit-elle. J’ai un contact pour tout, à New York, à Los Angeles. Je peux faire bouger les choses. »
Des demandes parfois absurdes
Les requêtes des patrons peuvent friser le loufoque. Plusieurs assistants comparent leur travail à celui de s’occuper d’un enfant. Il faut parfois guider un patron paniqué dans l’appel d’un taxi, ou se rendre en personne à l’hôtel chaque matin pour le réveiller.
Un assistant a raconté avoir reçu des dizaines d’appels matinaux d’un patron en pleurs, suppliant qu’on lui trouve un dentiste pour son dinosaure. Après discussion, il s’est avéré que le patron possédait un squelette de dinosaure, composé de fossiles rares et coûteux, dans son appartement parisien.
La frontière ténue entre service et compromission
Si la grande majorité des assistants respectent une éthique stricte, l’affaire Perry rappelle que l’obéissance excessive peut conduire au drame. Les recruteurs et les anciens assistants appellent à une réflexion sur les mécanismes de pression, la dépendance affective et économique des employés vis-à-vis de patrons tout-puissants.
« Ces assistants sont souvent des jeunes qui cherchent un tremplin professionnel, note un ancien assistant. Ils acceptent des conditions de travail extrêmes, une disponibilité totale, et finissent par ne plus savoir dire non. »
Le cas Iwamasa, où un homme a été condamné pour avoir exécuté les ordres de son employeur jusqu’à la mort de ce dernier, constitue une sonnette d’alarme pour une profession qui reste largement non régulée et où les garde-fous juridiques sont souvent insuffisants.
Des peines déjà prononcées dans l’entourage de Perry
Outre Iwamasa, plusieurs personnes ont été condamnées dans le cadre de la mort de Matthew Perry : deux médecins, un dealer surnommé la « reine de la kétamine » et une connaissance de l’acteur. Les audiences se sont échelonnées entre décembre 2025 et avril 2026. Le sort de l’assistant doit être scellé dans les prochains jours.
L’affaire a relancé le débat sur la responsabilité des assistants – et plus largement des employés – face à des ordres illégaux. Comme le résume une recruteuse : « La loyauté ne doit jamais devenir un crime. »