Alors que des discussions diplomatiques s'intensifient entre les États-Unis et l'Iran, un sentiment de lassitude mêlé de scepticisme domine au Liban. La perspective d'un accord entre ces deux puissances, pourtant crucial pour l'avenir de la région, n'offre aucun espoir tangible de paix pour le peuple libanais. Les récentes déclarations et les actions militaires du Hezbollah et d'Israël n'ont fait que renforcer l'idée que le conflit est voué à durer.
Des trêves sans répit
Malgré l'annonce d'une trêve en avril dernier, les violences n'ont pas cessé. Les frappes aériennes israéliennes continuent de cibler le sud et l'est du pays, et les drones survolent régulièrement Beyrouth. De son côté, le Hezbollah poursuit ses attaques contre les troupes israéliennes présentes sur le territoire libanais et continue de tirer des roquettes vers Israël. Le bilan humain est lourd : plus de 7 000 morts et un million de déplacés, selon les autorités libanaises. Les dégâts matériels se chiffrent en milliards de dollars.
"Je n'ai aucune confiance ni en Israël, ni aux États-Unis", confie Ghinwa Ftouni, 42 ans, habitante de Baisariyah, un village du sud du Liban. Alors qu'elle parle, les détonations de frappes israéliennes résonnent à quelques kilomètres de là. Son désenchantement est partagé par une grande partie de la population, fatiguée par des décennies de crises et de conflits.
Des négociations sans le Liban
L'émergence d'un possible accord entre les États-Unis et l'Iran, le principal soutien du Hezbollah, n'a fait que rappeler aux Libanais leur impuissance. Le pays se retrouve une fois de plus à la merci de puissances étrangères, un schéma qui se répète depuis l'intervention syrienne en 1976, les invasions israéliennes de 1978 et 1982, puis le financement et l'armement du Hezbollah par l'Iran.
Dimanche, peu après les annonces sur les négociations, le Premier ministre israélien a promis d'"intensifier les frappes" contre le Hezbollah. Dans les deux jours qui ont suivi, l'armée israélienne a lancé plus de 150 frappes aériennes sur le sud et l'est du Liban, l'un des bombardements les plus intenses de ces dernières semaines. Parallèlement, les troupes israéliennes au sol ont avancé plus profondément dans le sud du pays.
Le Hezbollah hausse le ton
De son côté, le Hezbollah a également intensifié la pression. Son chef, Naïm Qassem, a mis en garde le gouvernement libanais contre toute confrontation avec son mouvement, tout en dénonçant les rares négociations diplomatiques menées avec des responsables israéliens à Washington. "Le peuple a le droit de descendre dans la rue et de faire tomber le gouvernement pour affronter le projet américano-israélien", a-t-il déclaré dans un discours télévisé.
Ces déclarations sont un sombre rappel de la fragilité des cessez-le-feu au Liban. La trêve de novembre 2024, qui avait mis fin à la guerre précédente, n'avait offert qu'un répit limité. Les bombardements israéliens avaient continué de manière quasi quotidienne. Depuis la trêve la plus récente, le mois dernier, les frappes n'ont pas cessé, et le Hezbollah continue de lancer des attaques quotidiennes, tuant au moins dix militaires israéliens depuis l'entrée en vigueur de cette trêve.
La résignation, sentiment dominant
Pour la plupart des Libanais, les efforts diplomatiques visant à mettre fin à la guerre régionale n'apporteront pas la paix à leur pays. La résignation est devenue le sentiment dominant. L'impression que la guerre entre Israël et le Hezbollah n'aura pas de fin significative dans un avenir proche est désormais largement partagée. Le conflit actuel a commencé en 2023, lorsque le Hezbollah a tiré sur des positions israéliennes en soutien au Hamas palestinien. Il s'est transformé en guerre ouverte en mars de cette année, après le début de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran.