Le 20 mai, le Sénat a auditionné le média indépendant Reporterre dans le cadre d’une mission d’information intitulée « Les zones grises de l’information en ligne ». Cette convocation, reçue deux mois plus tôt, a immédiatement suscité la méfiance du média.
Dans un éditorial, la rédaction de Reporterre s’interroge sur le choix des cibles de cette mission parlementaire. Alors que la concentration des médias est un sujet récurrent, pourquoi le Sénat se focalise-t-il sur les médias indépendants plutôt que sur une poignée d’industriels qui possèdent la majorité de la presse ? L’éditorial pointe un déséquilibre : les grands groupes, souvent aux mains d’actionnaires influents, ne font pas l’objet de la même attention alors qu’ils contrôlent une part considérable du paysage médiatique français.
Une mission aux contours critiqués
La mission d’information sénatoriale vise à étudier les pratiques dites « grises » de l’information en ligne, un terme qui recouvre des contenus à la limite de la désinformation, sans pour autant tomber sous le coup de la loi. Mais pour Reporterre, cette approche risque de cibler surtout les médias alternatifs ou indépendants, souvent dotés de moyens limités, plutôt que les empires médiatiques détenus par des industriels comme Vincent Bolloré, jamais cité dans les travaux.
L’éditorial regrette que le débat public se concentre sur les petits médias, dont l’influence est marginale comparée à celle des grands groupes. Il appelle à une réflexion plus large sur le pluralisme et l’indépendance des rédactions, menacés par des actionnaires qui imposent une ligne éditoriale.
Un malaise sur la méthode
Au-delà de la critique de fond, Reporterre exprime un malaise sur la méthode employée par le Sénat. La convocation, sans explication préalable, a été perçue comme une forme de pression sur un média qui n’a pas les moyens de se défendre face à une institution puissante. La rédaction souligne que les médias indépendants sont souvent les plus fragiles et les plus exposés à ce type de sollicitations, alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans la diversité de l’information.
La mission d’information devrait rendre ses conclusions dans les mois à venir. D’ici là, les critiques se multiplient sur le périmètre choisi et l’absence de grands groupes industriels parmi les auditions. Pour Reporterre, c’est l’occasion de rappeler que la régulation des médias ne doit pas se faire à deux poids, deux mesures.