Alors que l’ancien président Rodrigo Duterte attend son procès pour crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI), une nouvelle commission d’enquête indépendante a vu le jour aux Philippines. Portée par des militants et l’Église catholique philippine, cette instance, dénommée « Commission vérité sur les exécutions extrajudiciaires » (EJK Truth Commission), a officiellement été lancée le 27 mai. Sa mission est d’établir les faits sur la sanglante campagne antidrogue menée de 2016 à 2022, qui aurait fait jusqu’à 30 000 morts, selon des organisations de défense des droits humains.
L’annonce de cette création intervient le même jour que la fixation, par la CPI, du début du procès de Rodrigo Duterte au 30 novembre prochain. L’ancien président, âgé de 81 ans, avait été arrêté aux Philippines puis transféré à La Haye pour répondre d’accusations de crimes contre l’humanité liés à la répression antidrogue menée durant son mandat présidentiel et, plus tôt, en tant que maire de la ville de Davao.
Une commission dotée de membres au profil judiciaire et religieux
Composée de cinq membres, la commission est présidée par Raul Pangalangan, professeur de droit et ancien juge à la CPI. Il a déclaré que cet organe « a été créé pour garantir que les récits des victimes, des survivants et des familles soient entendus, vérifiés et préservés ». Il a ajouté que la répression sanglante « s’est produite parce que tout le monde regardait ailleurs. C’est presque une conspiration du silence. »
Le cardinal Pablo Virgilio David, évêque catholique et membre de la commission en tant que conseiller, a qualifié cette enquête de « longtemps attendue ». Selon lui, « c’est une opportunité de catharsis... pour que nous puissions retrouver notre dignité en tant que pays. En fin de compte, ce que nous aspirons, c’est la guérison, non seulement pour les victimes mais aussi pour nos institutions. » Il a également souligné que de nombreux policiers ayant procédé à des exécutions avaient justifié leurs actes en prétendant que les victimes « avaient riposté », et que la commission entendait découvrir « la vérité qui a été enterrée avec les personnes qui auraient riposté ».
Des audiences publiques et des recommandations aux institutions
La commission prévoit de tenir des audiences publiques à partir du mois de juillet. Ses conclusions devront donner lieu à des recommandations adressées à la présidence, au Congrès et à la Commission nationale de la police. L’organisme souhaite également enquêter sur le sort des milliers de policiers qui ont participé à la répression et qui n’ont toujours pas été poursuivis.
Parallèlement, les autorités philippines sont à la recherche de l’ancien chef de la police Ronald dela Rosa, allié de Rodrigo Duterte et principal responsable de l’application de la campagne antidrogue. Selon des informations locales, il se cacherait après avoir fui une situation de confrontation au sein du bâtiment du Sénat philippin.
Un procès très attendu à la CPI
La CPI avait déjà inculpé Rodrigo Duterte pour crimes contre l’humanité. La date du début de son procès a été fixée au 30 novembre. L’ancien président, qui conserve une popularité certaine auprès d’une partie de la population philippine, clame son innocence.
La création de cette commission d’enquête indépendante relance le débat sur l’héritage de la guerre contre la drogue, tout en offrant une tribune aux familles des victimes qui, depuis des années, réclament justice et vérité.