Un phénomène Internet devenu long-métrage
Le réalisateur et vidéaste Kane Parsons, âgé d’une vingtaine d’années, signe son premier long-métrage avec Backrooms, une adaptation de sa websérie à succès. Le film, dont le scénario est écrit par Will Soodik, est présenté comme un « film d'horreur conceptuel » glaçant et brillant, qui renouvelle les codes du genre.
Le long-métrage suit Clark (Chiwetel Ejiofor), un architecte raté, séparé de sa femme et alcoolique. Pour survivre, il gère avec humiliation un gigantesque et sinistre magasin de meubles discount nommé Cap’n Clark’s Ottoman Empire. Il y tourne des publicités télévisées absurdes déguisé en pirate, tout en prenant conscience que, pour que le jeu de mots du nom du magasin fonctionne, il devrait plutôt être un sultan. Clark consulte une thérapeute, Mary (Renate Reinsve), une personne douce et mélancolique qui vend ses propres cassettes audio de développement personnel et est hantée par les souvenirs d’enfance de sa mère abusive.
Horreur conceptuelle et atmosphère oppressante
Le film explore l'idée que les personnages sont enfermés dans leurs propres souvenirs, prisonniers de scènes infiniment répétées de leur passé, ou de versions misérables de leur présent dans lesquelles ils sont devenus des caricatures d’eux-mêmes — comme des gargouilles de leur monde intérieur paralysé par l'échec. L'œuvre brouille constamment la frontière entre métaphore et réalité : les « backrooms » (arrière-salles) du titre pourraient n'être qu'une allégorie, ou exister littéralement. L'accès à une série infinie de pièces cachées, toutes étrangement décalées et inquiétantes, constitue le moteur central de l'intrigue.
Un style qui emprunte à plusieurs influences
La critique note que le film puise à la fois dans la J-horror (horreur japonaise), la franchise de found footage V/H/S, la série Severance de Dan Erickson, et le travail de Nathan Fielder dans The Rehearsal. Cette fusion d'influences donne une œuvre « icily disturbing » (dérangeante d'une manière glaciale) qui réécrit les règles du genre horrifique.
Des performances saluées
Les interprétations de Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve sont qualifiées de « barnstormingly good » (étonnamment bonnes), portant un récit qui traite de la mémoire, de la réalité et de la peur. Le film, qui se déroule au début des années 1990, utilise ce cadre temporel pour amplifier le sentiment de nostalgie et d'étrangeté.
Backrooms s'annonce comme une œuvre majeure du cinéma d'horreur contemporain, confirmant l'émergence d'un nouveau talent venu de la culture numérique.