Bambu Lab dans le viseur des défenseurs du logiciel libre

L’organisation à but non lucratif Software Freedom Conservancy (SFC), qui œuvre pour la protection des licences libres, a publiquement accusé Bambu Lab de violer l’AGPLv3, la licence sous laquelle est distribué le slicer maison de la marque, Bambu Studio. Selon la SFC, cette violation dure depuis environ quatre ans, soit depuis le lancement du logiciel.

Bambu Studio est un dérivé de PrusaSlicer, lui-même basé sur Slic3r, deux logiciels placés sous licence AGPLv3. L’AGPLv3 impose à toute entreprise qui distribue une version modifiée d’un logiciel sous cette licence de publier l’intégralité du code source de sa version, sous les mêmes conditions. Bambu Lab n’aurait jamais respecté cette obligation concernant une bibliothèque maison nommée libbambu_networking, qui gère la communication entre Bambu Studio et les serveurs cloud de l’entreprise. L’existence même de cette bibliothèque est reconnue par l’entreprise dans un fichier README sur GitHub, mais son code source n’a jamais été rendu public.

Une mise en demeure controversée contre un développeur tiers

La SFC pointe une deuxième violation : l’envoi d’une mise en demeure par Bambu Lab au développeur Paweł Jarczak, auteur d’une version modifiée d’OrcaSlicer (un fork communautaire de Bambu Studio). Ce fork restaurait certaines fonctions cloud que Bambu avait bloquées. En menaçant Jarczak de poursuites légales et en invoquant ses propres conditions d’utilisation pour faire retirer le projet, Bambu Lab aurait ajouté des restrictions supplémentaires à ce que la licence AGPLv3 autorise explicitement, ce qui est interdit par la licence.

La riposte de la SFC : le projet baltobu

En réaction, la SFC a lancé un projet baptisé baltobu avec trois objectifs : réaliser par rétro-ingénierie une version libre de la bibliothèque libbambu_networking ; maintenir et développer le fork OrcaSlicer de Paweł Jarczak ; créer un remplacement complet et libre de Bambu Studio. Pour financer ce travail sur le long terme, la SFC a ouvert une levée de fonds avec un objectif de 250 007 dollars. La collecte, ouverte jusqu’au 17 juillet, a déjà atteint son montant cible.

La réaction minimale de Bambu Lab

Bambu Lab a publié une déclaration dans laquelle l’entreprise reconnaît que sa référence à des conditions d’utilisation et à une potentielle mise en demeure a pu « être perçue comme une menace légale », ce qu’elle regrette. Cependant, la société n’a modifié ni sa pratique ni la disponibilité du code source de libbambu_networking. La bibliothèque reste fermée et les fonctionnalités cloud demeurent inchangées.

Enjeux pour la communauté open source

Cette affaire illustre une fois de plus les tensions entre des entreprises grand public qui utilisent des briques open source sans en respecter les obligations de réciprocité. La licence AGPLv3 a été spécifiquement conçue pour empêcher ce type de détournement, notamment dans le cadre de services en réseau. L’issue du projet baltobu pourrait servir de test pour la capacité de la communauté à faire respecter les licences libres face à des acteurs industriels.