Le numéro un mondial de l'exploitation minière, BHP, a mis en suspens ou reporté plusieurs projets destinés à réduire massivement ses émissions de gaz à effet de serre, selon une analyse de documents internes qui viennent d'être divulgués. L’entreprise aurait également préparé en secret des options visant à ralentir considérablement son calendrier de décarbonation.

Des projets clés abandonnés

Les documents montrent que BHP a abandonné un projet d’installation qui aurait pu permettre de réduire de façon substantielle ses émissions. L’initiative, dont les contours précis n’ont pas été rendus publics dans le détail, faisait partie des engagements affichés par le groupe pour atteindre ses objectifs climatiques. D’autres chantiers, non spécifiés, ont été « mis sur la glace », c’est-à-dire reportés sine die ou annulés.

Une stratégie de contournement

La fuite dévoile également que BHP a mené des exercices de simulation – sorte de « jeux de guerre » – pour étudier les moyens de différer massivement ses réductions d’émissions. Ces travaux internes, décrits dans une note de service dont le contenu a été révélé, suggèrent que l’entreprise envisageait de contourner les pressions climatiques en repoussant ses engagements ou en adoptant des trajectoires moins ambitieuses.

Des engagements remis en cause

Jusqu’alors, BHP affichait publiquement des objectifs de réduction de ses émissions directes et indirectes, notamment pour ses activités de minerai de fer, de charbon métallurgique et de cuivre. Les documents internes indiquent toutefois que la direction a décidé de revoir à la baisse ses ambitions, au motif de contraintes économiques ou technologiques, selon des sources proches du dossier. Aucun détail n’a été communiqué officiellement par le groupe sur ces changements.

Un contexte de pression mondiale

Cette révélation intervient alors que le secteur minier est de plus en plus sommé par les investisseurs, les régulateurs et la société civile d’accélérer sa transition énergétique. BHP, dont le siège social est basé à Perth, en Australie, est régulièrement cité comme l’un des plus grands émetteurs de CO₂ au monde, en raison de l’ampleur de ses opérations et de sa dépendance aux combustibles fossiles.

Des documents internes passés au crible

L’enquête, menée conjointement par plusieurs médias d’investigation, a pu consulter un lot de documents confidentiels – courriels, notes de service et présentations – couvrant plusieurs mois de réflexion interne. Ils mettent en lumière un décalage entre le discours public du groupe, qui insiste sur son engagement climatique, et les décisions prises en interne.

Réactions et suites attendues

Les révélations suscitent de vives réactions parmi les organisations environnementales et les actionnaires de BHP. Plusieurs d’entre eux réclament des explications et une transparence accrue sur la stratégie climatique réelle du groupe. De son côté, BHP n’a pas encore commenté officiellement ces fuites. L’entreprise pourrait être contrainte de préciser ses positions lors de sa prochaine assemblée générale ou dans le cadre de ses obligations de reporting extra-financier.

Un signal pour tout le secteur

Au-delà du cas BHP, ces documents jettent une lumière crue sur les pratiques des grandes entreprises minières face aux exigences climatiques. Ils suggèrent que certains groupes pourraient être tentés de freiner leurs efforts de décarbonation alors que les délais fixés par les accords de Paris se rapprochent. L’affaire pourrait relancer le débat sur la nécessité de contrôles plus stricts des engagements climatiques des multinationales.