Une évolution stratégique dans le marché des CLO

Les grandes sociétés de gestion Blackstone et Guggenheim ont récemment mis sur le marché de nouvelles émissions d'obligations garanties par des prêts (CLO, pour collateralized loan obligations). L'originalité de ces transactions réside dans leur composition : alors que les CLO traditionnelles incluent une part significative de prêts aux éditeurs de logiciels, ces nouveaux véhicules réduisent nettement cette exposition, selon des informations recueillies ces derniers jours.

Cette décision intervient dans un contexte de montée des préoccupations concernant l'impact de l'intelligence artificielle générative sur le secteur des logiciels. Les investisseurs s'interrogent sur la capacité des entreprises de ce secteur à maintenir leurs marges et leur croissance face à l'émergence de technologies capables d'automatiser des tâches jusqu'alors rémunératrices.

Un repositionnement inédit

Les nouvelles CLO de Blackstone et Guggenheim se distinguent par une pondération réduite des prêts accordés aux sociétés de logiciels, une catégorie d'actifs qui constituait auparavant un pilier des portefeuilles de ce type de produits structurés. Les gérants ont explicitement justifié ce recentrage par les risques perçus liés à l'IA, qui pourrait bouleverser les modèles économiques de nombreux éditeurs.

Ce mouvement est d'autant plus notable que le marché des CLO, d'une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars, est souvent considéré comme un baromètre de l'appétit pour le risque dans le financement des entreprises. En réduisant la part des logiciels, Blackstone et Guggenheim envoient un signal fort sur les nouvelles zones de vigilance des investisseurs.

L'IA générative au cœur des inquiétudes

L'intelligence artificielle générative, capable de produire du code, des contenus ou des analyses, est perçue comme une menace potentielle pour les entreprises de logiciels dont les revenus reposent sur des services ou des licences que l'IA pourrait rendre obsolètes ou moins onéreux. Si les avantages de l'IA sont largement salués, les risques de disruption sectorielle sont désormais pris en compte dans la construction des portefeuilles de prêts.

Les gérants de CLO cherchent ainsi à anticiper un possible ralentissement dans le secteur technologique, en particulier pour les éditeurs de logiciels de taille moyenne, souvent très endettés et plus vulnérables à un changement de paradigme technologique.

Implications pour le marché du crédit

Cette évolution pourrait annoncer une tendance plus large. D'autres gestionnaires de CLO pourraient être incités à réévaluer leur exposition aux logiciels, ce qui renchérirait le coût du financement pour ces entreprises. Dans un marché où la demande de CLO reste soutenue, l'ajustement de la composition des collatéraux est un indicateur que les investisseurs intègrent désormais les risques de rupture technologique dans leur évaluation du crédit.

Pour l'instant, Blackstone et Guggenheim n'ont pas officiellement commenté les détails de ces allocations. Les transactions ont été structurées et placées auprès d'investisseurs institutionnels dans le cadre habituel des opérations de financement structuré.