Le groupe écossais Boards of Canada, formé par les frères Mike Sandison et Marcus Eoin, a publié son premier album en treize ans, intitulé « Inferno ». Attendu avec impatience par une communauté de fans qui avait hissé le duo au rang de figure culte de la musique électronique, ce nouvel opus suscite une réception critique mitigée, certains observateurs évoquant une déception.
Dès les premières notes – une synthèse analogique montant et descendant, évoquant un effet sonore d’une pièce radiophonique oubliée des années 1960 – l’auditeur est plongé dans l’univers immédiatement reconnaissable du groupe. Depuis le premier EP « Twoism » en 1995, Boards of Canada avait construit un style singulier : des rythmes hip-hop lourds traversant des paysages ambiants spectraux, des samples issus de la télévision publique ancienne, et une esthétique nostalgique mêlant promesses utopiques du milieu du XXe siècle et une certaine étrangeté.
Une influence passée, une stagnation présente
Leur musique a profondément influencé des scènes aussi diverses que le cloud-rap américain ou la mouvance « hauntologique » du label britannique Ghost Box. On retrouverait sans surprise leurs disques dans la bibliothèque de réalisateurs tels qu’Adam Curtis, spécialiste du réemploi d’archives, ou Ben Wheatley, adepte du folk horrifique. Mais avec « Inferno », Boards of Canada semble, selon plusieurs commentaires, s’être figé dans son propre passé.
Des faiblesses techniques et thématiques
L’album interroge la religion, un thème nouveau pour le duo, mais cette exploration est jugée peu convaincante. Plus problématique encore, la programmation des batteries – pourtant un élément central de leur signature sonore – est critiquée comme étant nettement inférieure à ce que le groupe avait proposé par le passé. L’impression générale est celle d’une formation qui, plutôt que d’innover, recycle des recettes éprouvées sans y apporter la fraîcheur qui avait fait leur succès.
Publié sur le label Warp, « Inferno » marque donc le retour de l’un des noms les plus respectés de l’électronique, mais ce retour tant attendu s’avère décevant pour une partie de la critique, qui regrette un manque de renouvellement et une exécution en deçà des œuvres précédentes du duo.