« Quand j’écris une lettre ou un courriel à un couple hétérosexuel, je mets le prénom de la femme en premier dans la salutation. » Ce petit geste, Tori Dunlap le considère comme un « microféminisme » : une action minime en faveur de l’égalité des femmes, loin des grandes manifestations ou des dons à des causes. Autrice et animatrice de podcast basée à Seattle, elle se consacre à la promotion de l’éducation financière des femmes et compte 2,4 millions d’abonnés sur TikTok.
Un phénomène viral
L’an dernier, Tori Dunlap a publié sur TikTok une question à sa communauté : « Dites-moi la manière la plus dingue dont vous pratiquez le microféminisme. » La section des commentaires s’est remplie de réponses originales – et pas entièrement sérieuses. Parmi elles, des internautes racontent qu’elles attendent que les documents officiels de changement de nom soient signés avant de mettre à jour le nom de famille d’une amie mariée dans leur répertoire téléphonique. D’autres expliquent qu’elles utilisent des formulations comme « Bonjour mesdames et fils de mesdames » pour saluer un groupe, retournant ainsi la formule traditionnelle « Mesdames et messieurs ».
Ces pratiques, qui peuvent sembler anecdotiques, visent à attirer l’attention sur les nombreux clichés sexistes ancrés dans la vie quotidienne. « Ces petites actions sont des moyens par lesquels nous pouvons contribuer à notre propre équité et égalité », explique Tori Dunlap. Le phénomène n’est pas présenté comme un activisme à part entière, mais comme une forme de conscience au jour le jour, mêlant humour et critique sociale.
Des gestes qui font réfléchir
Le concept de microféminisme s’inscrit dans une réflexion plus large sur les inégalités de genre. Il ne s’agit pas de remplacer les combats structurés, mais de multiplier les occasions de questionner les automatismes. Par exemple, certaines femmes choisissent délibérément de ne pas corriger une personne qui les appelle « Madame le docteur » ou « Madame le professeur », laissant entendre que le féminin est tout aussi légitime.
D’autres internautes partagent des exemples dans le domaine professionnel : signer un courriel avec son prénom et son nom sans mentionner son statut marital, ou encore refuser de prendre des notes lors d’une réunion si aucun homme ne le fait. Ces comportements, bien que mineurs, visent à déconstruire des attentes de genre souvent inconscientes.
Un phénomène amplifié par les réseaux sociaux
La plateforme TikTok a joué un rôle clé dans la diffusion de cette tendance. Les vidéos portant le hashtag #microféminisme cumulent des millions de vues, et les utilisatrices y partagent leurs astuces pour « déjouer le patriarcat au quotidien », selon l’une d’elles. Le ton reste léger : les participantes reconnaissent que ces gestes ne changeront pas le monde à eux seuls, mais qu’ils créent un sentiment de solidarité et d’empowerment.
Tori Dunlap, qui a lancé la discussion, précise que ces microféminismes ne sont qu’un outil parmi d’autres. « Ce n’est pas du militantisme pur, mais ce sont des manières de contribuer, à notre échelle », insiste-t-elle. La démarche rappelle d’autres concepts comme le « microsexisme », qui désigne les petites discriminations quotidiennes, mais en inversant la logique pour proposer des réponses actives.
Entre humour et conscience politique
Si le mouvement semble ludique, il n’en reste pas moins porteur d’un message. Les participantes soulignent qu’il s’agit de refuser les évidences, comme le fait de toujours citer les hommes en premier dans une formule de politesse. « Mettre le prénom de la femme en premier, c’est une façon de dire que sa place n’est pas accessoire », explique une internaute.
Les critiques pourraient y voir une forme de militantisme anodin, voire futile. Mais pour ses adeptes, chaque petit geste compte. « L’égalité ne se joue pas seulement dans les lois, mais aussi dans les interactions quotidiennes », résume Tori Dunlap. Le microféminisme, en ce sens, devient une pratique ordinaire de résistance, accessible à toutes.
Un écho international
Bien que le phénomène soit né sur TikTok, il dépasse désormais les frontières virtuelles. Des femmes de différents pays reprennent les codes du microféminisme, adaptant les exemples à leur culture. Au Royaume-Uni, certaines utilisent des formules comme « Hello ladies and gentlemen… and everyone else » pour inclure toutes les identités de genre. La créativité est encouragée, et les suggestions fusent dans les commentaires.
Tori Dunlap elle-même poursuit son travail de sensibilisation à l’égalité financière, et voit dans ces petits gestes un complément à ses actions plus larges. « Chaque fois que je mets une femme en premier dans une adresse, je rappelle qu’elle existe et qu’elle est importante », conclut-elle. Le microféminisme, loin d’être une mode éphémère, semble s’installer comme une pratique durable de réappropriation du quotidien.