La perspective de voir la Bundesliga jouer un match de championnat hors des frontières allemandes reste éloignée, mais la pression s’accentue. Selon des informations exclusives parues dans la presse britannique, la Fédération internationale de football (FIFA) s’apprête à autoriser chaque ligue nationale à délocaliser une rencontre par saison dans un pays étranger. Le pays hôte pourrait accueillir jusqu’à cinq matches issus de différents championnats, les États-Unis étant présentés comme la destination privilégiée.

Des propositions qui bousculent les habitudes

Cette évolution réglementaire, si elle est confirmée, constituerait une étape majeure dans la mondialisation des compétitions domestiques. Pour Martin Endemann, responsable des politiques à Football Supporters Europe, une organisation qui défend les intérêts des supporters sur le continent, l’opposition serait immédiate et massive en Allemagne. « Je pense que les membres allemands s’y opposeraient et qu’il y aurait des protestations massives dans les stades, a-t-il déclaré. Tout dirigeant qui tenterait de le faire aurait beaucoup de mal avec les supporters présents dans le stade, mais aussi avec les membres des clubs concernés. »

Le débat n’est pas nouveau. En octobre dernier, l’UEFA avait donné son feu vert à la Liga espagnole et à la Serie A italienne pour organiser un match à l’étranger, avant que les autorités locales n’émettent des réserves et que les projets soient abandonnés, dans une atmosphère tendue.

La spécificité allemande : la règle du 50+1

Si les championnats anglais, espagnol ou italien semblent plus ouverts à cette perspective, le football allemand se distingue par sa structure de gouvernance. La règle dite du « 50+1 » garantit que les membres des clubs conservent au moins 50 % plus une part des droits de vote, empêchant ainsi tout investisseur extérieur – qu’il s’agisse d’un milliardaire ou d’un État – de prendre le contrôle. Cette disposition donne aux supporters allemands un pouvoir de contestation considérable, comme l’a montré l’échec récent d’un projet d’investissement avec un fonds d’investissement privé, abandonné sous la pression des fans.

Un compromis entre tradition et rentabilité

Dominik Schreyer, professeur d’économie du sport à l’école de management Otto Beisheim en Allemagne, estime que cette annonce officialise une tendance économique inéluctable. « Le football est passé d’un produit local à un actif médiatique mondialisé, et une fois cette transition effectuée, la géographie devient flexible, a-t-il expliqué. La FIFA ne mène pas le mouvement, elle réagit sous pression et tente de réguler une évolution déjà en cours à travers les tournées de pré-saison et les tentatives passées des ligues d’organiser des matches à l’étranger. Présenter cela comme un match par saison rend la mesure politiquement acceptable, mais économiquement, cela normalise l’idée que les compétitions nationales ne sont plus strictement nationales. On peut dire que le produit est déjà mondial ; désormais, les matches suivent. »

Cependant, Schreyer relativise l’impact financier direct. « Financièrement, le potentiel existe mais il ne faut pas le surestimer », affirme-t-il. Il cite en exemple la National Football League (NFL) américaine, qui organise des matches de saison régulière à l’étranger depuis plusieurs années sans que cela représente une part déterminante de ses revenus.

Quelle issue pour la Bundesliga ?

Si les autres grands championnats européens adoptent rapidement les matches à l’étranger, la Bundesliga se trouvera face à un dilemme familier : concilier son attachement aux racines locales et à la culture des stades avec les impératifs de croissance économique et de compétitivité internationale. Pour l’instant, les dirigeants du football allemand restent discrets, mais le nouveau cadre proposé par la FIFA pourrait raviver les tensions entre les partisans de la tradition et ceux qui voient dans l’exportation des matches une nécessité pour ne pas perdre du terrain face à la Premier League ou à la Liga.