Carlo Petrini, l'activiste et auteur italien considéré comme le pionnier du mouvement Slow Food, est décédé. Figure emblématique de la défense de la biodiversité alimentaire et des rythmes naturels de la vie, il avait bâti un système global autour de trois mots : bon, propre et juste.
Né dans le Piémont, Petrini s'était imposé comme une voix majeure dans le débat sur l'alimentation et la souveraineté culinaire. Son engagement a trouvé son point de départ le 20 avril 1986, lorsqu'il faisait partie d'un groupe ayant cuisiné et distribué des spaghettis aux passants de la Piazza di Spagna à Rome. Cette action, menée avec les membres du groupe Arcigola, était une réponse directe à l'ouverture, un mois plus tôt, du plus grand restaurant McDonald's du monde, situé à quelques mètres de là. Pour Petrini et ses compagnons, cette implantation dans le centre de Rome représentait une attaque contre l'identité culinaire italienne, la biodiversité locale et les rythmes naturels de l'existence. La distribution de spaghettis fut conçue comme une déclaration de résistance.
La naissance du manifeste Slow Food
Quelques mois plus tard, au cours d'une réunion autour d'un dîner à l'Osteria dell'Unione, dans le sud du Piémont, le groupe élabora l'idée de contrer cette invasion de la restauration rapide, dont la seule valeur, selon eux, était le profit. L'essayiste Folco Portinari, alors dirigeant de la chaîne de télévision Rai, en rédigea le texte. Carlo Petrini, quant à lui, se chargea de recueillir les signatures. Le 3 novembre 1987, un manifeste fut publié à la une du supplement Gambero Rosso, rattaché au journal communiste Il Manifesto.
Le manifeste s'ouvrait sur le titre « Une proposition adressée à tous ceux qui veulent vivre mieux », puis donnait un nom à la démarche qu'ils préconisaient : « Slow Food » (nourriture lente). Les mots qui suivaient se voulaient à la fois simples et révolutionnaires : un appel à défendre le plaisir de la nourriture, la biodiversité alimentaire et les producteurs locaux.
Un héritage mondial
Loin de se limiter à une simple contestation, l'initiative de Petrini a donné naissance à un vaste mouvement international. Slow Food s'est structuré en réseau mondial, promouvant une alimentation respectueuse de l'environnement, des producteurs et des consommateurs. L'organisation a essaimé dans de nombreux pays, fédérant des communautés autour de projets concrets, comme la création de jardins scolaires ou la préservation de variétés anciennes de fruits et légumes. Les principes de « bon, propre et juste » sont devenus la boussole éthique de cette communauté.
Carlo Petrini laisse derrière lui un legs qui dépasse largement le cadre de la gastronomie, touchant aux questions sociales, environnementales et politiques à l'échelle planétaire.