Un rapport publié en 2024 a révélé que l'écart entre hommes et femmes en matière d'investissement s'est creusé au Royaume-Uni, les hommes représentant près de 60 % des investisseurs. Ce constat a servi de catalyseur pour le développement de la campagne « Loud Investing » du courtier en ligne eToro, lancée en octobre 2025. Selon Stephanie Wilks-Wiffen, responsable chez eToro, cette initiative vise à éduquer et à autonomiser les femmes dans le domaine financier. Elle n'est qu'un exemple parmi de nombreuses autres actions récentes : podcasts consacrés à la finance au féminin, parrainage d'équipes sportives féminines, et refonte des contenus éducatifs en ligne.

Des freins historiques et structurels

Les femmes sont traditionnellement sous-représentées dans l'investissement. Aujourd'hui, les hommes détiennent environ deux tiers des actions cotées en Bourse. Plusieurs barrières expliquent cet écart : un revenu moyen inférieur, une éducation financière moindre dès l'enfance, et une exclusion historique du secteur financier. Au Royaume-Uni, par exemple, les femmes étaient interdites d'accès aux salles de marché de la Bourse de Londres et subissaient des discriminations pour ouvrir un compte bancaire sans l'accord d'un père ou d'un mari jusqu'au milieu des années 1970.

Changer le discours autour des femmes investisseuses

Pour Stephanie Wilks-Wiffen, il s'agit d'un changement de rhétorique simple : il faut utiliser un langage qui valorise les forces féminines, comme la patience et la discipline, et créer un environnement où les femmes se sentent à l'aise. eToro a ainsi intégré davantage de présentatrices dans ses formations en ligne et aborde les obstacles psychologiques rencontrés par les primo-investisseuses.

Ylva Baeckstrom, maître de conférences en finance au King's College de Londres, estime que l'accent mis sur le manque de confiance des femmes est excessif. D'après elle, c'est la confiance excessive des hommes qui nuit à la performance financière. « Quand les femmes investissent, elles surperforment souvent les hommes », affirme-t-elle. Une étude de la Warwick Business School datant de 2018 confirme ce constat : les femmes surpassent les hommes de 1,8 point de pourcentage en matière de rendement.

Des priorités d'investissement différentes

Les femmes ont également des priorités d'investissement distinctes. Elles investissent davantage dans des placements durables et prennent en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Christine Yu, cofondatrice de la société d'éducation financière Sophia, souligne que les femmes réfléchissent à leur argent de manière très différente, mais que ces besoins ne sont pas encore suffisamment pris en compte par l'industrie financière.

Par ailleurs, les femmes sont plus enclines que les hommes à demander un conseil financier, notamment lors de transitions de vie importantes comme la planification d'une grossesse, un divorce ou un veuvage.

Un intérêt économique pour les courtiers

Les plateformes de courtage en ligne ont également un intérêt financier à intégrer davantage de femmes dans l'investissement. En attirant une clientèle féminine, elles élargissent leur base et répondent à une demande sous-estimée. Selon Stephanie Wilks-Wiffen, la multiplication des initiatives est positive : « Si notre message ne trouve pas d'écho chez quelqu'un, peut-être que celui d'un autre le fera. »