« La première école d’ingénieurs en volume » de France détient-elle la clé de notre réindustrialisation ? Jean-Marc Ogier, directeur général du CESI, en est convaincu. Il faut dire que l’ADN de l’établissement parle pour lui : au sein du conseil d’administration de cette école fondée en 1958 par cinq grands groupes industriels, on croise assez peu de financiers et de consultants. On y trouve plus volontiers la Fédération française du bâtiment, Airbus ou encore Dassault Aviation.

C’est cette proximité avec le tissu productif français que Jean-Marc Ogier, arrivé à la tête de l’école début 2025, met en avant pour justifier son nouveau plan stratégique, baptisé CESI Connect 2030 et dévoilé à la presse le 21 mai dernier. L’ancien directeur de l’université de La Rochelle est clair sur sa feuille de route : confirmer l’ancrage de l’école comme principal vivier de compétences techniques pour une France qui se rêve, depuis plusieurs années, en puissance manufacturière retrouvée. Emmanuel Macron avait même fait de cette reconquête industrielle « la mère des batailles ».

Une réindustrialisation qui peine à faire ses preuves

Sauf que le bilan est pour le moins mitigé. La production manufacturière pèse moins de 10 % du PIB, les destructions nettes d’emplois se sont poursuivies en 2025 et la France ferme désormais plus d’usines qu’elle n’en ouvre. Là où l’Allemagne affiche près de 20 % du PIB consacré à l’appareil productif, la France stagne autour de 10 %. Et France 2030, un plan d’investissement de 54 milliards d’euros sur cinq ans, n’a pas suffi à enrayer la tendance.

Parmi les raisons de ce décrochage, le manque criant de candidats. Comme le rappelle Jean-Marc Ogier, il « faudra former 100 000 jeunes, dont environ 40 000 ingénieurs et 60 000 techniciens en plus de ce que nous proposons aujourd’hui » pour espérer atteindre les objectifs fixés, reprenant les conclusions d’un rapport de l’Institut Montaigne publié en 2025. Un constat qui tombe évidemment à pic pour justifier les ambitions d’une école d’ingénieurs comme la sienne, qui forme 18 000 étudiants par an.

Un réseau d’exception pour les stages et alternances des étudiants du CESI

Pour séduire des lycéens qui lorgnent plutôt du côté des sciences humaines, de l’économie ou du management, le CESI préfère jouer la carte du carnet d’adresses. La gouvernance de l’école est portée par de grands groupes et fédérations professionnelles, ce qui lui permet, dit-elle, de « concevoir ses formations au plus près des besoins réels des filières ». Il suffit de jeter un œil à l’organigramme du bureau du conseil d’administration : on peut par exemple y retrouver Frédéric Lherm, directeur général des opérations chez Dassault Aviation ; Marc Jouenne, DRH d’Airbus Atlantic ; ou encore Jean-Pierre Fine, secrétaire général de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), dont fait notamment partie Safran.

Ce carnet d’adresses XXL ouvre naturellement de nombreuses portes aux 70 % d’étudiants suivant leur cursus en alternance. « Cette proximité avec les grands acteurs du secteur constitue un atout majeur », confirme la direction, qui assure qu’elle « facilite l’accès de nos étudiants aux stages, alternances et premier emploi ».

Attention toutefois : cette proximité avec ces mastodontes industriels ne « garantit pas de meilleurs taux d’insertion que dans les autres écoles d’ingénieurs », reconnaît Frédéric Gauthier, directeur de la stratégie et de l’offre de formation. Avec un taux d’environ 87 %, le CESI se situe donc dans la moyenne du secteur.

« Nos diplômés ne partent pas faire de la finance ou du conseil »

Là où l’école revendique une vraie singularité, en revanche, c’est dans ce que font ses diplômés une fois sortis des bancs de l’école. « Nos jeunes restent dans des métiers d’ingénieur et d’ingénieur technique. Ils ne partent pas faire de la finance ou du conseil en réorganisation d’entreprise », lance Frédéric Gauthier, admettant, entre les lignes, que cette fidélité au métier technique constitue un atout rare dans le paysage des grandes écoles françaises. Alors que la réindustrialisation bute sur le recrutement, le CESI entend bien peser sur la bataille des compétences.