Quatre mois seulement après avoir encouragé ses développeurs à adopter Claude Code, Microsoft revient sur sa décision. L’éditeur de Redmond annule la majorité des licences accordées pour l’outil d’IA agentique d’Anthropic, un revirement aussi rapide que spectaculaire. En décembre 2025, l’accès à Claude Code avait été ouvert à plusieurs milliers de développeurs de l’entreprise. En janvier 2026, son utilisation semblait déjà massive. Aujourd’hui, Microsoft ferme le robinet.
Un changement de cap officiel, une raison financière officieuse
Officiellement, Microsoft justifie cette décision par la volonté de privilégier Copilot CLI, son propre assistant de codage agentique, afin de ne plus dépendre d’un concurrent. Mais des documents et des communications internes révèlent une autre motivation, bien plus prosaïque : l’outil d’Anthropic coûte très cher. Claude Code est facturé à l’utilisation, via un système de tokens, et non par abonnement illimité. Chaque ligne de code produite pèse donc sur la facture. À l’échelle d’une entreprise comme Microsoft, qui compte des dizaines de milliers de développeurs, l’addition devient vite vertigineuse.
Ce constat ne se limite pas aux très grands groupes. Un test récent a montré qu’une IA de type agentique a consommé 15 dollars de crédits en deux heures pour seulement poser les bases d’un site de e-commerce, sans aller jusqu’à le terminer. L’abonnement mensuel s’ajoutait à cette consommation. Le modèle économique des IA agentiques semble donc encore mal adapté à un usage intensif.
Un coût qui dépasse parfois celui du travail humain
Plusieurs responsables technologiques confirment cette tendance. Bryan Catanzaro, vice-président de l’apprentissage profond appliqué chez Nvidia, a expliqué que, pour son équipe, le coût du calcul dépasse largement celui des employés. Chez Uber, Praveen Neppalli Naga, directeur technique, a indiqué que l’entreprise avait épuisé l’intégralité de son budget 2026 consacré aux outils de programmation par IA en seulement quatre mois. Ces témoignages suggèrent que la promesse d’une productivité explosive et de coûts réduits grâce à l’IA agentique n’est pas encore tenue, du moins pour les grandes organisations.
Des discours ambitieux, une réalité plus nuancée
Depuis plusieurs mois, de nombreux acteurs de la tech vantent les mérites de l’intelligence artificielle agentique, la présentant comme une révolution capable de faire exploser la productivité et les bénéfices tout en réduisant les coûts opérationnels. Certains dirigeants tiennent même des discours alarmistes sur les risques d’une IA hors de contrôle. Mais derrière ces annonces, la réalité des coûts opérationnels est souvent moins sensationnelle. L’exemple de Microsoft et d’Anthropic illustre parfaitement ce décalage : l’enthousiasme initial laisse place à des considérations financières beaucoup plus terre-à-terre.
La décision de Microsoft intervient dans un contexte où les entreprises cherchent à rationaliser leurs dépenses liées à l’IA. Alors que l’agentivité des modèles s’améliore, la question de la rentabilité à grande échelle reste entière. Le pari de faire coder des machines aussi bien – et aussi cher – que des humains n’est pas encore gagné. Pour Microsoft, la lune de miel avec Claude Code aura été brève et coûteuse.