Dans le sud de la Thaïlande, des pêcheurs ne prennent plus la mer car le carburant est devenu trop cher. Aux Philippines, des maraîchers renoncent à récolter leurs légumes faute de pouvoir payer l'essence pour les livrer en ville. Un peu partout en Asie du Sud-Est, les agriculteurs rationnent les engrais et les pesticides, redoutant une chute des rendements dans leurs rizières.
« Nous ne sommes pas encore en crise, mais nous nous trouvons dans une situation assez critique. Et si nous ne prenons pas cela au sérieux, nous risquons de nous diriger, sans nous en rendre compte, vers ce qui pourrait être une crise alimentaire de grande ampleur », prévient Sean de Cleene, spécialiste des enjeux alimentaires au Singapore Institute of Technology.
Le choc des prix des carburants et des engrais
Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une flambée des prix du pétrole, qui se répercute directement sur le coût du carburant pour les transports et la mécanisation agricole. Dans le même temps, les prix des engrais, dont la production est très énergivore, ont doublé dans la région. Pour les 100 millions d'exploitations agricoles d'Asie du Sud-Est, souvent de petite taille et peu mécanisées, cette hausse soudaine est particulièrement brutale. Beaucoup n'ont pas les marges pour y faire face et réduisent leurs intrants, ce qui se traduira par des récoltes moins abondantes.
Des récoltes menacées et des prix alimentaires en hausse
Les conséquences se font déjà sentir. Outre les pêcheurs et maraîchers qui stoppent leur activité, les riziculteurs, qui fournissent l'aliment de base de centaines de millions de personnes, anticipent une baisse de leur production. Si cette tendance se confirme, les prix du riz, déjà sous tension, pourraient bondir sur les marchés locaux et internationaux. L'Asie du Sud-Est, qui a connu par le passé des épisodes de crise alimentaire liés à des chocs de prix, est particulièrement vulnérable. L'alerte lancée par Sean de Cleene souligne l'urgence d'une action coordonnée pour éviter que la situation ne se détériore.