Les États-Unis sont devenus le numéro un mondial du gaz naturel liquéfié (GNL), contrôlant 21 % des exportations, devant le Qatar (19 %). Cet écart devrait mécaniquement augmenter en raison des frappes de l'Iran sur les trains de liquéfaction de l'émirat qatari. Selon les autorités de Doha, il faudra entre trois et cinq ans pour remettre à niveau les infrastructures détruites, ce qui renforce la position dominante des États-Unis.
Un fournisseur stable, mais pas incontournable
Selon des données remontant à fin 2024, 53 % du gaz naturel importé par la France est du GNL, le solde provenant des gazoducs, notamment depuis la Norvège, mais aussi depuis la Russie, puisque l'embargo européen ne sera effectif qu'en 2027. Interrogée sur cette dynamique, Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Centre sur la politique énergétique mondiale de l'université Columbia, observe : « Aujourd'hui, dans le GNL, les États-Unis apparaissent comme le fournisseur stable qui vient à la rescousse du reste du monde. »
L'aventure américaine du GNL
L'essor du gaz de schiste a transformé le paysage énergétique américain. Au début des années 2000, la société Cheniere Energy avait développé à Sabine Pass (Louisiane) un terminal de regazéification. L'arrivée massive du gaz de schiste, produit à des coûts très bas, a changé la donne. Cheniere a reconverti son site en usine de liquéfaction pour un investissement de près de 10 milliards de dollars. D'autres opérateurs ont suivi. Liquéfié à -162 degrés, le GNL permet de transporter d'importants volumes de gaz sur de longues distances et offre, contrairement aux gazoducs, l'avantage de la flexibilité : les méthaniers peuvent être réorientés à tout moment en fonction de la demande.
La stratégie de TotalEnergies
TotalEnergies dispose d'actifs de production au Texas, en Oklahoma et dans des champs offshore du golfe du Mexique. Le groupe français est devenu le troisième producteur mondial de GNL avec 10 % de part de marché, derrière Qatar Energy et Shell. Désormais coté à Wall Street, il est le premier exportateur de GNL américain. Il a investi des milliards de dollars dans des trains de liquéfaction à Cameron (Louisiane) et Rio Grande (Texas), et pris des participations dans plusieurs terminaux. Fin février, il a signé un accord pour développer du GNL en Alaska.
Des perspectives de croissance et des risques
TotalEnergies vise une production mondiale de 60 millions de tonnes en 2030, supérieure de 50 % à celle d'aujourd'hui. Cependant, le pari pourrait se révéler risqué à long terme. Avec la hausse des prix et les efforts de sobriété, les importations françaises de GNL ont chuté de plus de 13 % en 2024, et les grands clients industriels sont mal en point. Thierry Bros, professeur à Sciences-Po, prévient : « Vu les prix trois fois plus élevés du gaz en Europe, un chimiste a tout intérêt à fermer ses usines sur le Vieux Continent et à en ouvrir de nouvelles aux États-Unis. Ce qui limitera d'autant les débouchés pour le GNL américain. » L'an dernier, 70 % des exportations américaines (109 millions de tonnes) sont allées vers l'Europe, mais cette part pourrait diminuer avec la relocalisation industrielle outre-Atlantique.