L’aéroport international de Dubaï (DXB), plaque tournante de l’aviation mondiale avec plus de 92 millions de passagers en 2024, a vu son activité brutalement interrompue par le conflit au Moyen-Orient. Les frappes américano-israéliennes sur l’Iran fin février ont entraîné la fermeture de vastes portions de l’espace aérien, clouant au sol des centaines d’avions et laissant des dizaines de milliers de voyageurs bloqués dans les halls de Dubaï, Abou Dhabi et Doha. Les tirs de drones et de missiles de représailles iraniens contre les Émirats arabes unis et le Qatar ont ajouté à la panique.
Des vols très perturbés Les transporteurs locaux – Emirates, Etihad et Qatar Airways – ont repris un service limité en quelques jours, mais leurs programmes restent réduits et sujets à des annulations soudaines. Selon les analystes de Cirium, plus de 30 000 dessertes vers l’ensemble du Moyen-Orient ont été supprimées depuis le début des hostilités. Parallèlement, le prix du carburant a doublé, le détroit d’Ormuz étant bloqué par l’Iran, ce qui a tari une part essentielle des approvisionnements en kérosène de l’Europe.
Un voyageur témoigne Ian Scott, qui revenait de Melbourne vers Venise via Doha, a vu son vol faire demi-tour en plein ciel. Il a dû passer plusieurs jours dans un hôtel avant de rouler deux jours à travers le désert jusqu’à Oman pour trouver un vol de sortie. Il déclare qu’à l’avenir, même si les hostilités cessent, il évitera les hubs du Golfe, car il n’a « plus confiance » en la stabilité de la région.
Le modèle du Golfe en question Le succès des aéroports du Golfe repose sur les correspondances : selon la société d’analyse OAG, 47 % des passagers de Dubaï, 54 % de ceux d’Abou Dhabi et 74 % de ceux de Doha sont en transit. Ce modèle, qui a permis de réduire le coût des vols long-courriers, est aujourd’hui fragilisé par la défiance des voyageurs et la hausse des coûts opérationnels.
Quelles perspectives ? À court terme, les compagnies réduisent leurs vols et répercutent la hausse du carburant sur les billets. À plus long terme, les observateurs s’interrogent sur la viabilité du système de hub unique dans une zone instable. Certains passagers pourraient se tourner vers d’autres plates-formes, comme Istanbul ou Singapour, tandis que les compagnies du Golfe devront peut-être diversifier leurs routes et investir dans des flottes plus économes. Le conflit pourrait ainsi remodeler en profondeur la manière dont le monde prend l’avion.