Un marché secondaire pour le crédit privé en gestation
Le co-président du géant du capital-investissement KKR, Scott Nuttall, a estimé qu'un marché de négociation secondaire pour le crédit privé était « susceptible de voir le jour » (« likely to happen »), selon des propos rapportés lors d'une conférence. Cette déclaration intervient alors que le crédit privé, qui regroupe les prêts accordés directement par des fonds d'investissement aux entreprises, connaît une croissance rapide, suscitant des interrogations sur la liquidité de ces actifs.
Une liquidité longtemps perçue comme un frein
Le crédit privé se distingue des marchés obligataires traditionnels par l'absence quasi totale de négociation secondaire : les investisseurs s'engagent généralement à conserver leurs parts jusqu'à l'échéance du prêt ou la sortie du fonds. Cette illiquidité est souvent présentée comme la contrepartie des rendements plus élevés offerts par cette classe d'actifs. Les propos de Scott Nuttall suggèrent que cette caractéristique pourrait évoluer, sans toutefois préciser de calendrier ni de modalités concrètes.
Les grands gestionnaires d'actifs s'organisent
Plusieurs grandes sociétés de gestion travaillent déjà sur des solutions visant à offrir une liquidité partielle aux investisseurs en crédit privé. BlackRock a récemment lancé un fonds semi-liquide destiné à répondre à cette demande. D'autres acteurs plaident pour la création d'un marché secondaire organisé, où des transactions entre investisseurs pourraient avoir lieu, à l'image de ce qui existe pour les prêts bancaires syndiqués. KKR, qui gère environ 600 milliards de dollars d'actifs, dont une part significative en crédit privé, est bien placé pour influencer l'évolution de ce marché.
Des obstacles réglementaires et pratiques
Le développement d'un marché secondaire pour le crédit privé se heurte à plusieurs obstacles. La nature hétérogène des prêts — dont les conditions varient d'un contrat à l'autre — rend leur standardisation difficile. Par ailleurs, les régulateurs surveillent de près ce secteur, craignant qu'une liquidité accrue n'encourage une prise de risque excessive ou ne fragilise la stabilité financière. Scott Nuttall n'a pas abordé ces questions lors de son intervention, se contentant de souligner que l'évolution vers un marché secondaire était « probable ».
Un enjeu pour les investisseurs institutionnels
Les fonds de pension, les compagnies d'assurance et les fonds souverains, qui sont les principaux investisseurs en crédit privé, réclament une plus grande flexibilité pour ajuster leurs portefeuilles en fonction de leurs besoins de liquidité ou de leurs contraintes réglementaires. La possibilité de céder des parts de crédit privé sur un marché secondaire pourrait donc répondre à une demande croissante. Cependant, la création d'un tel marché nécessitera une coordination entre les gestionnaires d'actifs, les investisseurs et les autorités de régulation.
Des précédents dans d'autres classes d'actifs
Le crédit privé n'est pas le premier marché illiquide à envisager une évolution vers davantage de négociabilité. Les prêts bancaires syndiqués, qui étaient autrefois considérés comme des actifs de « buy-and-hold », disposent désormais d'un marché secondaire actif. Plus récemment, les parts de fonds de capital-investissement ont commencé à faire l'objet de transactions sur des plateformes spécialisées. Ces précédents pourraient servir de modèle pour le crédit privé, à condition que les investisseurs s'accordent sur des standards de documentation et de valorisation.
Perspectives
La déclaration de Scott Nuttall intervient dans un contexte où le crédit privé représente environ 1 700 milliards de dollars d'actifs sous gestion dans le monde, selon des estimations récentes. Si un marché secondaire se développait, cela pourrait attirer de nouveaux investisseurs et modifier en profondeur la dynamique de cette classe d'actifs. Toutefois, le chemin vers une liquidité accrue reste semé d'embûches, et les acteurs du secteur suivent de près les initiatives en cours.