L’Éthiopie se prépare à des élections parlementaires le 1er juin 2026, mais le scrutin est déjà entaché par de graves troubles sécuritaires et politiques. L’organe électoral national (NEBE) a annoncé que le vote n’aura pas lieu dans 46 circonscriptions situées dans les régions de l’Amhara et du Tigray, citant des conditions jugées défavorables et un climat d’insécurité.
Absence de scrutin dans les régions en crise
Dans le nord-ouest du pays, la région de l’Amhara est secouée par des affrontements entre des groupes de miliciens et l’armée fédérale. Le NEBE a suspendu le vote dans huit districts sur les 138 que compte la région. Plus à l’est, au Tigray, ce sont 38 circonscriptions qui sont concernées par la suspension. Cette région reste marquée par la guerre meurtrière qui a fait des centaines de milliers de morts, et la situation demeure volatile malgré l’accord de paix signé entre le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigray (TPLF).
Des électeurs partagés entre espoir et désillusion
Dans la capitale Addis-Abeba, les citoyens expriment des opinions contrastées. Un homme de 50 ans, qui a requis l’anonymat, a déclaré : « Même si je ne suis pas satisfait de la situation économique actuelle, je crois que le parti au pouvoir, le Parti de la prospérité, restera au pouvoir. » Un autre jeune électeur a souligné la nécessité de la paix pour permettre un véritable développement, ajoutant que cela permettrait d’alléger le problème actuel de l’inflation. Un jeune homme de 26 ans a quant à lui estimé que « les élections sont toujours bonnes », mais s’est dit préoccupé par l’exode de nombreux jeunes Éthiopiens vers d’autres pays, faute d’emplois.
Des critiques sur la nature du scrutin
Des experts remettent en cause la portée démocratique du processus électoral. Kjetil Tronvoll, chercheur sur la paix et les conflits à l’Oslo New University College, a estimé que ces élections ne seraient qu’« une affaire purement formelle qui donne une légitimité électorale au gouvernement ». Selon lui, il n’existe aucun moyen de changer ou de défier le gouvernement par le biais des élections, ce qui en ferait un exercice symbolique plutôt qu’une véritable compétition politique.
L’opposition s’organise mais reste critique
Plusieurs partis d’opposition se sont regroupés au sein de la Coalition pour l’unité de l’Éthiopie (CEU). Le porte-parole de la coalition, Getnet Worku, a réclamé « la fin de la guerre, la libération des prisonniers politiques, une plus grande liberté politique, et des discussions avec la véritable opposition et les élites comme condition préalable aux élections ». Le président de la CEU, Abraham Getu, a précisé que la participation de la coalition dépendrait de l’évolution de la situation sur le terrain.
Un contexte économique et social tendu
Les 130 millions d’Éthiopiens attendent de ces élections une amélioration de leurs conditions de vie. L’inflation persistante et le manque d’emplois pour les jeunes sont au cœur des préoccupations. Toutefois, les analystes estiment que la situation restera fragile, les crises dans l’Amhara et le Tigray continuant de peser lourdement sur la stabilité du pays et sur la crédibilité du processus démocratique.