Un écosystème vital à reconstruire
L'étang de Berre, deuxième plus grande lagune d'Europe avec ses 155 km², était jusqu'au début des années 1970 recouvert d'une vaste prairie subaquatique de zostères. Ces plantes marines, cousines des posidonies, jouent un rôle crucial : elles oxygènent l'eau par photosynthèse, servent de nurserie et de garde-manger pour les poissons, et protègent les fonds de l'érosion grâce à leurs rhizomes. Mais les rejets d'eau douce de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas, exploités par EDF, ont fait chuter la salinité de l'étang, entraînant la disparition quasi totale de ces herbiers.
Depuis plusieurs années, l'association 8 vies pour la planète tente de restaurer cet écosystème. En mai, ses membres procèdent à la cueillette de graines et de rhizomes de zostères sur un herbier subsistant à Port-Saint-Louis-du-Rhône, une trentaine de kilomètres à l'ouest de l'étang. Ce site, situé en Camargue, bénéficie du mélange d'eau douce du Rhône et d'eau salée de la Méditerranée, offrant des conditions propices à ces plantes.
Deux espèces, deux destins
Dans les lagunes saumâtres, on trouve deux types de zostères : la zostère naine (Zostera noltei) et la zostère marine (Zostera marina). Pascal Bazile, bénévole de l'association, explique que cette dernière est la plus fragile et peine à revenir naturellement. En revanche, la zostère naine a commencé à recoloniser l'étang à partir de 2007 : « D'abord, elle forme des taches de moins de 1 m² jusqu'à 10 m², puis elles peuvent finir par former un grand herbier. À partir de 2012, il y a eu des herbiers de zostères naines », raconte-t-il.
Laure Jaurès, animatrice en éducation à l'environnement et salariée de l'association, précise la différence visuelle : « Les zostères naines ont des feuilles fines, qui ressemblent à des cheveux à la surface de l'eau. Celles qui nous intéressent, ce sont les zostères marines, aux feuilles plus larges. »
Une récolte minutieuse
Le jeudi 14 mai, trois membres de l'association se sont rassemblés à l'extrémité d'une pointe sableuse, face au port industriel de Marseille et aux usines du golfe de Fos, pour récolter les épis reproducteurs. Entre mars et juin, ces tiges portant des graines remontent à la surface. « Les graines ressemblent à de petits grains de riz verts », décrit Laure Jaurès. Les rhizomes, des tiges souterraines, sont également prélevés pour être replantés dans l'étang de Berre.
L'association, qui mobilise habituellement plusieurs bénévoles, a dû opérer en petit comité ce jour-là en raison du long week-end de l'Ascension.
Un enjeu écologique global
Les herbiers de zostères, qui colonisent tout l'hémisphère Nord – du Japon aux États-Unis en passant par l'Europe – constituent aussi de formidables puits de carbone. Leur restauration dans l'étang de Berre pourrait donc contribuer à la lutte contre le changement climatique, tout en renforçant la biodiversité locale. Le retour de ces plantes marines est un indicateur de l'amélioration de la qualité de l'eau, même si la pression industrielle dans la zone reste forte.
L'association poursuit ses actions de replantation, espérant voir les zostères marines reconquérir peu à peu les fonds de la lagune.