Dans une tribune publiée le 27 mai 2025, David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, expose sa vision d’une politique culturelle « ambitieuse » qui ne saurait, selon lui, se réduire à un « chèque en blanc donné à un microcosme ». Le texte, qui intervient dans un contexte de débat sur les financements publics de la culture, fustige une concentration excessive des moyens sur quelques institutions parisiennes et un entre-soi décisionnel.

Une critique de la « gouvernance parisienne » de la culture

David Lisnard dénonce ce qu’il perçoit comme un système où « une poignée d’acteurs parisiens » décide de l’affectation des crédits culturels, au détriment des territoires. Il estime que cette logique aboutit à « une forme d’assistanat » des grandes structures, sans véritable contrepartie en matière de rayonnement ou d’éducation artistique. Pour lui, « une politique culturelle ambitieuse ne doit pas être un chèque en blanc » : elle doit au contraire s’accompagner d’objectifs précis, d’une évaluation des résultats et d’une meilleure répartition géographique des investissements.

Un plaidoyer pour les collectivités locales

Le maire de Cannes défend un « État stratège » et non un « État opérateur ». Il propose de transférer une partie des compétences culturelles aux collectivités territoriales, en les dotant de moyens accrus et d’une plus grande autonomie. Il cite en exemple des dispositifs locaux déjà existants, comme les schémas de développement des enseignements artistiques ou les conventions de « territoire de culture », qui permettraient, selon lui, de « mieux irriguer le pays ». Il appelle également à une simplification des normes qui pèsent sur les petites structures culturelles, souvent privées de financements parce qu’elles ne correspondent pas aux critères parisiens.

Un contexte de tensions sur les budgets culturels

Cette tribune paraît alors que le ministère de la Culture connaît des arbitrages budgétaires serrés, dans le cadre de la loi de finances pour 2025. Plusieurs voix, à gauche comme à droite, critiquent une éventuelle baisse des crédits alloués au spectacle vivant et à la création. David Lisnard ne se prononce pas directement sur le niveau des dotations, mais insiste sur la nécessité de mieux dépenser l’argent public. Il se montre ainsi en phase avec les positions de la droite libérale, tout en évitant de s’opposer frontalement aux coupes budgétaires : « Ce n’est pas une question de moyens, mais de priorités », écrit-il.

Une opposition aux « ayatollahs de la subvention »

Le président de l’Association des maires de France prend pour cible ce qu’il appelle « les ayatollahs de la subvention », désignant par cette formule les acteurs qui, selon lui, confondent aide publique et « rente ». Il leur oppose une conception de la culture comme « moteur d’émancipation individuelle et de lien social », et non comme « instrument de distinction sociale ou d’entre-soi militant ». Il appelle à « sortir du misérabilisme » qui voudrait que toute réduction de subvention soit synonyme de mort de la culture, et cite des exemples de festivals ou de médiathèques qui, gérés avec rigueur, parviennent à équilibrer leur budget sans dépendre uniquement des fonds publics.

Des réactions déjà contrastées

Plusieurs responsables politiques et culturels ont réagi à cette tribune. Certains, notamment au sein de la majorité présidentielle, saluent un « appel au bon sens » et à la territorialisation. D’autres, à gauche, dénoncent une « attaque déguisée contre le service public de la culture », rappelant que de nombreuses petites communes n’ont pas les moyens de se substituer à l’État. Les syndicats du spectacle vivant, par la voix de leurs porte-parole, redoutent que cette décentralisation n’entraîne une mise en concurrence des territoires et un affaiblissement des garanties sociales pour les artistes et techniciens.

La position ambiguë de David Lisnard sur le budget culture

Interrogé sur le niveau des crédits du ministère de la Culture, David Lisnard précise : « Je ne demande pas une baisse des dotations, je demande une meilleure répartition et une exigence de résultats. » Il affirme que « les collectivités locales dépensent déjà plus de 8 milliards d’euros par an pour la culture, souvent sans que cela soit reconnu ». Ces chiffres, s’ils sont confirmés, montrent que le poids des territoires dans le financement culturel est déjà très supérieur à celui de l’État. Le maire de Cannes souhaite que cette réalité soit mieux prise en compte dans les politiques nationales.

Vers un projet de loi sur la culture ?

La tribune de David Lisnard pourrait préfigurer une initiative législative. L’entourage du maire de Cannes évoque la possibilité d’une proposition de loi, déposée au Sénat, visant à « redonner du pouvoir aux maires en matière culturelle ». Un tel texte reprendrait les grands axes de la tribune : contractualisation renforcée, évaluation obligatoire des subventions, et création d’un fonds de péréquation culturelle entre territoires riches et pauvres. Il n’est pas certain, toutefois, que cette initiative recueille une majorité, tant les clivages politiques sur le sujet sont marqués.

Conclusion : un débat qui s’annonce vif

En posant la question de l’efficacité et de la répartition des dépenses culturelles, David Lisnard ouvre un front politique sensible, à quelques mois des élections municipales de 2026. Sa tribune a le mérite de clarifier une position : celle d’une droite qui, tout en se disant attachée à la culture, en appelle à une gestion plus rigoureuse et plus proche des citoyens. Reste à savoir si cette vision trouvera un écho au-delà de son propre camp, alors que le gouvernement cherche à réduire la dépense publique.