L'image du parfait « Aryen » véhiculée par la propagande nazie — blonds aux yeux bleus, athlétiques, d'origine nordique — est restée gravée dans les mémoires. Pourtant, ce concept racial, central dans la politique d'exclusion et d'extermination du Troisième Reich, trouve ses racines bien loin de l'Allemagne, dans l'Inde ancienne et l'Iran antique.
Une invention idéologique au service de la « race supérieure »
Adolf Hitler lui-même ne correspondait pas à cet idéal : ni blond, ni particulièrement grand. Mais avec son parti nazi, il a imposé la croyance en une « race aryenne » supérieure, issue d'une prétendue race nordique. À partir de 1933, fonctionnaires, médecins et avocats durent fournir un « Ariernachweis » (certificat aryen) prouvant, sur trois générations, l'absence d'ascendance juive ou romani. Dès 1935, tous les citoyens allemands furent soumis à cette obligation, leurs documents étant vérifiés par le Bureau du Reich pour les recherches généalogiques (Reichsstelle für Sippenforschung).
Les nazis considéraient les Allemands comme la « race des seigneurs » (Herrenrasse) supérieure. À l'inverse, ils diffusaient l'idée mensongère que les Juifs constituaient une race inférieure, présentée dans des films de propagande comme une menace pour l'ordre mondial. Le journal Der Stürmer caricaturait les Juifs avec des nez crochus et des expressions avides, alimentant un antisémitisme violent qui a conduit à la spoliation, à l'exclusion puis à l'assassinat systématique.
Du « Lebensborn » à « l'aryanisation » des biens
D'autres populations, notamment nordiques et scandinaves, furent associées à des traits aryens. Le programme Lebensborn, développé par le chef de la SS Heinrich Himmler, visait à accroître une population « racialement précieuse ». Environ 200 000 enfants « racialement purs », souvent enlevés dans des pays comme la Lettonie ou la Pologne parce qu'ils étaient blonds aux yeux bleus, furent placés dans des foyers allemands pour y être « germanisés ». Parallèlement, le terme « aryanisation » désigna la confiscation des entreprises et des biens juifs au profit de non-Juifs.
Les vraies origines indo-iraniennes du mot « aryen »
Ironie de l'histoire, les « scientifiques raciaux » nazis utilisaient peu le mot « aryen » dans leurs travaux, préférant parler de « sang allemand ou apparenté ». Ils savaient que le terme avait à l'origine une signification linguistique, non raciale. Le mot « arya » apparaît en effet dans des textes sacrés sanskrits en Inde et dans des inscriptions en Iran. Le roi perse Darius Ier s'est fait graver sur sa tombe à Naqsh-e Rostam (Iran actuel) : « Je suis Darius, le grand roi..., un Perse, fils de Perse, un Aryen, de descendance aryenne. » Le sens originel d'« arya » était « noble » ou « honorable », servant d'auto-désignation pour des peuples d'Inde et d'Iran, probablement issus de migrants nomades.
Le détournement de ce terme par Hitler a transformé une identité culturelle et linguistique millénaire en un instrument de haine raciale, dont les conséquences tragiques ont marqué l'histoire du XXe siècle.