Une entrée fracassante sur la scène du Grand Chelem
Mardi 26 mai, le jeune Moïse Kouamé (318e mondial) a créé la surprise au premier tour de Roland-Garros en battant le Croate Marin Cilic (46e) en trois sets (7-6, 6-2, 6-1) après 2 h 27 de jeu. À 17 ans et 81 jours, il devient le plus jeune joueur à remporter un match en Grand Chelem depuis 2009. Bénéficiaire d’une wild-card, le Français s’est imposé sur le court Simonne-Mathieu sous les yeux de son entraîneur Richard Gasquet, qui avait lui-même disputé son premier Roland-Garros à 15 ans en 2002.
« Du point de vue tennistique, j'étais assez serein, je savais que j'étais prêt, je sentais bien mon service, mon coup droit, mon revers. Je me sentais bien physiquement et mentalement », a déclaré le jeune homme après sa victoire.
Un début d’année prometteur
Si le grand public l’a découvert ce mardi, les initiés du circuit suivaient déjà sa progression. En janvier, Moïse Kouamé avait remporté son deuxième tournoi professionnel à Bressuire (Deux-Sèvres), une semaine après son premier titre à Hazebrouck (Nord). Deux mois plus tard, il gagnait son premier match sur le circuit ATP au Masters 1000 de Miami en renversant l’Américain Zachary Svajda (96e mondial).
Brian Harpin, directeur sportif du Tennis club Bressuire, se souvient de son passage en janvier : « Il avait une marge de progression, mais déjà beaucoup de facilité et de relâchement dans son jeu. » Il souligne son « très bon coup droit, un service puissant et une bonne mobilité », tout en relevant des axes de travail : « Il doit encore progresser sur son revers, et sur le toucher de balle, notamment dans le jeu au filet. »
Un parcours jalonné de repérages précoces
Né à Sarcelles, d’une mère originaire du Cameroun et d’un père originaire de Côte d’Ivoire, Moïse Kouamé a commencé le tennis à 5 ans sur les courts du Val-d’Oise. Repéré par la Fédération française de tennis, il a ensuite intégré l’académie de l’ancienne numéro 1 mondiale Justine Henin à Louvain-la-Neuve, en Belgique.
« Il était très jeune, il avait déjà envie d’aller très vite. Il y a une forme d’urgence chez Moïse, c’est une force et quelque chose à canaliser », a confié Justine Henin, qui officie comme consultante pour France Télévisions.
Carlos Rodriguez, ancien coach de Justine Henin, l’a découvert à l’académie et a livré une analyse de ses qualités : « Indépendamment de son gabarit (il mesure 1,91 m), il a des qualités hors du commun en termes de coordination, de dissociation, d'orientation dans l'espace et de latéralité. Des gamins comme ça, honnêtement, je crois que je n'en avais jamais vus. » Il a toutefois mis en garde : « Mais des étoiles montantes devenues des étoiles filantes, combien en a-t-on connues ? »
Un match maîtrisé face à un ancien vainqueur de Grand Chelem
Face à Marin Cilic, vainqueur de l’US Open en 2014 et fort d’une longue expérience, Moïse Kouamé a fait preuve d’une maturité étonnante. Après avoir effacé deux balles de set dans la première manche, il s’est adjugé le tie-break avant de dérouler dans les deux sets suivants, profitant des maladresses de son adversaire de 37 ans et de ses réflexes moins vifs sur quelques amortis. Alternant coups droits ravageurs, glissades et revers long de ligne, le Sarcellois a dominé physiquement et mentalement un joueur pourtant vingt ans plus âgé.
Pour son prochain tour, Moïse Kouamé tentera de confirmer cette promesse. Son ascension rapide suscite déjà de grands espoirs, mais comme le rappellent ses entourage et encadrement, la précocité ne garantit pas une carrière au sommet. La route est encore longue.