Une innovation pour la céramique britannique
La jeune entreprise Dekiln, basée à Manchester, a conclu un accord de partenariat avec Johnson Tiles, l'un des principaux fournisseurs de carrelage au Royaume-Uni, pour un projet pilote visant à industrialiser sa technologie de fabrication de carreaux sans four. Ce rapprochement intervient dans un contexte difficile pour l'industrie céramique britannique, qui bénéficie par ailleurs d'un récent soutien gouvernemental.
Dekiln a été fondée en 2021 par Aled Roberts, ingénieur en biomatériaux, après des expérimentations dans sa cave avec des déchets de brique et des ingrédients de cuisine, notamment le jus de pois chiche utilisé comme liant. L'entreprise, qui emploie aujourd'hui quatre personnes, a mis au point un procédé permettant de fabriquer des carreaux ressemblant à de la céramique traditionnelle à partir de plâtre ou de gypse recyclé et de liants d'origine végétale. La pièce maîtresse de cette innovation : l'absence de four. Là où les carreaux conventionnels sont cuits à des températures pouvant atteindre 1 000 °C, ceux de Dekiln sont simplement séchés sur des clayettes à 35 °C.
Selon la start-up, cette méthode permet de réaliser des économies d'énergie supérieures à 90 % par rapport à la cuisson classique, tout en intégrant plus de 95 % de matériaux recyclés.
Un partenariat dans le berceau de la céramique
Le projet pilote sera mené à Stoke-on-Trent, région historique de la céramique anglaise, où Johnson Tiles possède une usine. Les deux partenaires souhaitent y installer une ligne de production à l'échelle expérimentale pour tester la viabilité industrielle du procédé. Aucun détail financier n'a été communiqué.
Cette annonce survient quelques jours après que le gouvernement britannique a dévoilé un plan de soutien de 120 millions de livres sterling destiné à renforcer la résilience à long terme des industries chimiques et céramiques du pays. Ce dispositif vise à aider les secteurs confrontés à la hausse des coûts de l'énergie et à la concurrence internationale.
Un enjeu environnemental et industriel
Le secteur de la céramique est traditionnellement très consommateur d'énergie, notamment en raison de la cuisson à haute température. En supprimant cette étape, Dekiln espère réduire significativement l'empreinte carbone de la fabrication de carreaux. L'utilisation de déchets de plâtre et de gypse – issus notamment du bâtiment – répond également à un objectif d'économie circulaire.
Aled Roberts a expliqué que son équipe cherchait depuis plusieurs années un partenaire industriel capable d'accompagner le passage à l'échelle. Johnson Tiles, acteur majeur du marché britannique, apporte son savoir-faire en matière de production et de distribution.
Perspectives
Le projet pilote devrait durer plusieurs mois et pourrait, en cas de succès, déboucher sur une commercialisation à plus grande échelle. Pour l'instant, Dekiln reste une petite structure de recherche et développement, mais ce premier accord avec un grand fournisseur pourrait ouvrir la voie à une mutation technologique dans le secteur du carrelage.
Le gouvernement britannique, via son enveloppe de 120 millions de livres, a également souligné l'importance d'encourager l'innovation dans les matériaux de construction bas carbone. Le partenariat entre Dekiln et Johnson Tiles s'inscrit dans cette dynamique.