Des chercheurs ont documenté pour la première fois des baleines à bosse effectuant l'aller-retour entre les zones de reproduction d'Australie et du Brésil, établissant le plus long trajet jamais observé pour l'espèce. Les résultats, publiés mercredi dans la revue « Royal Society Open Science », reposent sur l'analyse de dizaines de milliers de photographies de queues de cétacés, dont les motifs sont uniques comme des empreintes digitales.

Les deux individus repérés

Une première baleine a été photographiée au large du Queensland, sur la côte est australienne, en 2007 puis en 2013. Elle a ensuite été observée près de São Paulo, au Brésil, en 2019. La distance en ligne droite entre ces deux points est d'environ 14 200 kilomètres. La seconde baleine a d'abord été vue en 2003 au large de l'État de Bahia, au Brésil, puis vingt-deux ans plus tard au large de Hervey Bay, dans le Queensland, à 15 100 kilomètres de distance.

Les auteurs de l'étude précisent que ces chiffres ne correspondent qu'à la distance entre les lieux d'observation et non au trajet réellement parcouru, car la méthode photographique ne capture que les points de départ et d'arrivée. « Les intervalles de réobservation de 6 et 22 ans suggèrent qu'il s'agit d'événements rares, probablement uniques dans une vie, plutôt que de migrations régulières », écrivent-ils.

Un phénomène exceptionnel

Parmi les milliers de baleines identifiées, seulement 0,01 % des spécimens ont accompli un tel périple. Les scientifiques appellent à une collaboration mondiale accrue sur les plateformes d'identification photographique pour mieux évaluer la fréquence de ces traversées. « Malgré leur rareté, ces échanges sont importants pour la santé à long terme des populations de baleines », explique Stephanie Stack, doctorante à l'université Griffith et co-autrice de l'étude. « Le déplacement occasionnel d'individus entre zones de reproduction éloignées peut aider à maintenir la diversité génétique entre les populations », ajoute-t-elle.

L'hypothèse de l'échange australe

Les résultats confirment « l'hypothèse de l'échange dans l'océan Austral », selon laquelle les baleines à bosse de l'hémisphère sud peuvent se rencontrer sur des zones d'alimentation communes en Antarctique, puis, dans des cas exceptionnels, emprunter une route différente pour regagner leur zone de reproduction. Les baleines se nourrissent de krill et de petits poissons dans les eaux froides durant l'été austral, puis migrent vers les eaux tropicales – comme celles du Brésil et de l'Australie – pour se reproduire en hiver.

L'influence potentielle du changement climatique

Les chercheurs suggèrent que les effets du changement climatique sur la glace de mer et la localisation des proies pourraient modifier ou influencer les schémas de déplacement des baleines. Si les observations restent trop limitées pour établir un lien formel, l'étude ouvre la voie à de nouvelles recherches sur l'adaptation des cétacés à un environnement en mutation. Les scientifiques insistent sur la nécessité de poursuivre les suivis photographiques à l'échelle mondiale pour détecter d'éventuelles évolutions dans ces migrations transocéaniques.