L’armée israélienne est accusée par des témoins et des familles de procéder à des arrestations arbitraires en Syrie. Selon des informations recueillies, au moins 197 hommes ont été interpellés dans le sud du pays depuis la fin de l’année 2024. Un avocat a confirmé que 43 d’entre eux sont toujours détenus dans des prisons israéliennes, ce qu’il qualifie de détention arbitraire. L’armée israélienne affirme pour sa part cibler des « terroristes présumés ».
Une opération de grande envergure à Beit Jinn
Dans la nuit du 28 novembre 2025, des soldats israéliens ont lancé une offensive terrestre dans le village de Beit Jinn, situé dans la campagne à l’ouest de Damas. Selon des sources médicales, 13 villageois ont été tués et plus de 25 blessés lors de cette attaque. L’armée israélienne déclare avoir « éliminé plusieurs terroristes » et fait état de six soldats blessés, dont trois grièvement. Des affrontements ont éclaté entre les militaires et certains villageois. Une vidéo diffusée par l’armée israélienne montre l’arrestation de deux frères, Nidal Akasha Akasha et Muhammad Akasha Akasha, que l’armée affirme liés au groupe islamiste Al-Jamaa al-Islamiya. Ce groupe, principalement basé au Liban, est proche des Frères musulmans et entretient des liens intermittents avec le Hamas. Il nie toute implication dans les activités de Beit Jinn.
Le récit d’une famille
Alia (prénom modifié), la fille d’un homme arrêté lors de ce raid, a livré son témoignage. Elle raconte que vers 3 h 30 du matin, des soldats israéliens ont forcé la porte de leur maison, plaqué son père au sol, puis sont montés à l’étage pour arrêter son oncle. Toute la famille a été rassemblée dans la cour, menacée par des armes et forcée de se mettre à genoux. « Mon père est un agriculteur de 52 ans. Nous avons vécu au Liban pendant douze ans pour fuir la guerre en Syrie. Nous ne sommes revenus que depuis un an. Il n’a aucun lien avec des groupes armés », déclare-t-elle. Depuis l’arrestation, la famille n’a quasiment aucune information. Une organisation leur a indiqué, après plusieurs mois, que les deux hommes étaient détenus en Israël, l’un à la prison de Sde Teiman, l’autre à celle de Nafha.
Des arrestations sans charge claire
L’armée israélienne n’a pas répondu aux questions concernant les charges retenues contre les deux frères ni contre d’autres personnes mentionnées. Un avocat intervenant dans ces affaires a confirmé que 43 personnes sont encore détenues dans des prisons israéliennes, dans ce qu’il décrit comme une détention arbitraire. Il n’existe pas de confirmation indépendante que les personnes arrêtées n’aient aucun lien avec des groupes armés.
Un contexte de tensions régionales
Ces arrestations s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues dans le sud de la Syrie, où l’armée israélienne a intensifié ses opérations. Les autorités israéliennes justifient ces actions par la nécessité de lutter contre des menaces à ses frontières. Cependant, des témoins et des familles dénoncent des méthodes brutales et un manque de transparence. Les personnes arrêtées sont souvent maintenues au secret pendant des mois, sans accès à un avocat ni à leur famille.