Deux biomarqueurs identifiés

Des scientifiques néo-zélandais ont mis en évidence deux signes subtils qui pourraient annoncer la maladie d'Alzheimer vingt ans avant ses manifestations classiques. Publiée dans une revue scientifique, leur étude portant sur plus d'un millier de participants montre que des taux anormaux de protéines appelées pTau181 et pTau217 sont détectables dès l'âge de 45 ans. Ces protéines toxiques sont mesurables par une simple analyse sanguine, bien avant que les capacités cognitives, l'attention ou le jugement ne commencent à se détériorer.

Jusqu'à présent, la communauté médicale considérait que la maladie touchait principalement les personnes de plus de 65 ans. Les résultats suggèrent que les premiers marqueurs biologiques peuvent apparaître beaucoup plus tôt. Les chercheurs ont observé que le taux de pTau217 augmente selon un schéma « remarquablement constant » dans les années qui précèdent l'apparition des pertes de mémoire. Chez les personnes âgées, les symptômes se développaient significativement plus vite lorsque le niveau de cette protéine devenait anormal.

Un dépistage précoce pour une meilleure prise en charge

Cette avancée pourrait transformer la lutte contre la maladie d'Alzheimer, qui touche plus de 35,6 millions de personnes dans le monde. En France, on estimait à 1,4 million le nombre de patients en 2025, et l'Organisation mondiale de la santé prévoit que ce chiffre pourrait doubler tous les vingt ans pour atteindre 80 millions de cas mondiaux en 2040.

L'intérêt majeur de cette détection précoce réside dans la fenêtre thérapeutique qu'elle offre. Les traitements actuels ralentissent la progression de la maladie mais ne restaurent pas les fonctions cognitives, surtout aux stades avancés. Ils sont donc plus efficaces lorsqu'ils sont administrés tôt. Pouvoir identifier les personnes à risque dès 45 ans permettrait de commencer les soins bien avant que les symptômes ne s'installent, améliorant ainsi les chances de ralentir l'évolution.

Implications pour la prévention

Au-delà du traitement médicamenteux, cette découverte pourrait également renforcer les stratégies préventives. Connaître son risque accru de développer Alzheimer inciterait à adopter des changements de mode de vie bénéfiques pour le cerveau, comme la pratique régulière d'une activité physique et le maintien d'interactions sociales actives. Les chercheurs soulignent que la détection précoce des biomarqueurs permet non seulement d'évaluer le risque individuel, mais aussi de déterminer l'année probable d'apparition des symptômes, offrant ainsi aux patients et aux médecins un horizon temporel pour agir.

Ces résultats marquent une étape importante vers un dépistage plus systématique de la maladie d'Alzheimer, potentiellement dès la quarantaine. Ils redéfinissent la chronologie de cette pathologie neurodégénérative et ouvrent des perspectives pour un vieillissement en meilleure santé.