Duralex, la verrerie emblématique de La Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret, s’apprête à demander son placement en redressement judiciaire. L’annonce intervient deux ans seulement après la reprise de l’entreprise par ses salariés, une opération saluée comme un modèle de démocratie sociale. La direction doit se présenter devant le tribunal de commerce d’Orléans dans les prochains jours pour solliciter l’ouverture de la procédure.

Une procédure de sauvegarde insuffisante

Duralex avait déjà été placée en procédure de sauvegarde en avril 2024, afin de geler le passif et de négocier un plan de continuation avec ses créanciers. Cette mesure permet à une entreprise viable de se restructurer sans subir les pressions des dettes antérieures. Les dirigeants espéraient ainsi redresser la situation financière de la société, confrontée à une baisse durable de la demande sur le marché de la verrerie de table et à la flambée des prix de l’énergie.

Malgré ces efforts, le tribunal de commerce devrait constater l’insuffisance des mesures mises en œuvre. Les comptes de l’exercice clos fin 2024 font apparaître des pertes cumulées de plusieurs millions d’euros, que la hausse des coûts de production et la concurrence étrangère ont aggravées. Le chiffre d’affaires, en recul, ne permet plus de couvrir les charges fixes. Les représentants du personnel, interrogés ces derniers jours, ont exprimé leur inquiétude quant à la pérennité des emplois : l’usine emploie environ 230 salariés.

Le modèle de la Scop mis à l’épreuve

La reprise de Duralex sous forme de société coopérative et participative (Scop) en 2023 avait été présentée comme un exemple réussi de sauvetage d’une entreprise industrielle par ses propres salariés. Une centaine d’entre eux avaient investi une partie de leurs indemnités de licenciement ou de leur épargne pour constituer le capital de la nouvelle société. Le groupe international Pyrex, propriétaire historique, avait accepté de céder l’activité pour un euro symbolique, en échange de garanties sociales et de reprise de dettes.

Ce schéma original avait suscité un fort engouement médiatique et politique. Le ministre de l’Économie de l’époque avait salué la « démonstration de solidarité » et promis un accompagnement de l’État. Mais les difficultés structurelles de la filière verrière, communes à plusieurs sites européens, ont rapidement rattrapé l’entreprise. La concurrence des produits bas de gamme asiatiques, la baisse de la consommation des ménages et la hausse des coûts de l’énergie ont laminé les marges.

Quel avenir pour le site ?

La direction a indiqué que le placement en redressement judiciaire ne signifie pas une liquidation immédiate. La procédure ouvre une période d’observation durant laquelle un administrateur judiciaire sera désigné pour évaluer les chances de survie de l’entreprise. Plusieurs scénarios sont envisagés : un plan de continuation par une reprise partielle, une cession à un repreneur industriel, ou, en dernier ressort, une liquidation.

Le tribunal de commerce d’Orléans devrait se prononcer dans les semaines à venir sur l’ouverture de la procédure et la nomination des mandataires. Les élus locaux et les syndicats ont déjà appelé l’État à se mobiliser pour garantir le maintien de l’activité sur le site historique, qui produit notamment les célèbres verres trempés de la marque.

Pour l’heure, les salariés oscillent entre amertume et détermination. Beaucoup se disent prêts à se battre une nouvelle fois pour sauver leur outil de travail, mais reconnaissent que la situation est plus dégradée qu’en 2023. La Scop Duralex, symbole d’une alternative au capitalisme traditionnel, traverse l’une des crises les plus graves de son histoire.