« Si vous aviez peur d’être traînée dans la boue, pourquoi avez-vous choisi de poursuivre Donald Trump ? » questionne l’avocate Alina Habba lors d’une déposition de 2022, désormais rendue publique. Assise calmement, E Jean Carroll retire ses lunettes et répond fermement : « Parce qu’il m’a traitée de menteuse. Il m’a traitée de menteuse. Je ne pouvais pas laisser faire. »

Cet extrait, tourné il y a plusieurs années, est au cœur du documentaire « Ask E Jean », réalisé par Ivy Meeropol et diffusé cette semaine. Le film offre un portrait intime et courageux de la journaliste et chroniqueuse qui, après avoir accusé l’ancien président Donald Trump d’agression sexuelle dans un grand magasin de Manhattan à la fin des années 1990, a affronté une campagne de haine d’une rare violence. Carroll confie dans le film : « L’avalanche de boue a été incroyable. »

Le parcours d’une femme de lettres

Avant d’entrer dans l’arène judiciaire, E Jean Carroll était connue pour sa chronique de conseils « Ask E Jean », publiée pendant des décennies dans un magazine féminin américain. Le documentaire explore son enfance, sa carrière et la manière dont elle a construit une voix unique, entre humour et franchise. On y voit des images d’archives, des entretiens avec ses proches, notamment son fils adoptif, et des témoignages de collègues journalistes. « Je n’ai jamais voulu être une victime », déclare-t-elle. « Je suis une femme qui a été blessée, mais je ne suis pas brisée. »

Le procès et ses conséquences

Carroll a remporté deux procès civils contre Donald Trump, obtenant des dommages-intérêts substantiels. Le documentaire ne se concentre pas uniquement sur les audiences, mais montre l’impact psychologique et social de ces années de bataille. Des extraits de dépositions, des images des audiences et des réactions de l’entourage de l’ancien président sont présentés. Le film montre également comment Trump a continué à attaquer Carroll publiquement, même après les verdicts. « Ils ont essayé de me réduire au silence, mais ils ont échoué », affirme-t-elle.

Une vague de soutien et de menaces

Le documentaire révèle que, parallèlement aux menaces en ligne et aux insultes, Carroll a reçu des milliers de messages de soutien de la part de femmes et d’hommes du monde entier. « Ces lettres m’ont sauvée », confie-t-elle en larmes. Le film met en lumière le rôle des réseaux sociaux dans la propagation de la haine, mais aussi dans la solidarité. Des experts en cyberharcèlement et des avocats spécialisés dans les droits des femmes interviennent pour contextualiser ce phénomène.

Un film sur la résilience

« Ask E Jean » est avant tout un hommage à la résilience d’une femme qui refuse de se taire. La réalisatrice Ivy Meeropol, connue pour ses documentaires engagés, a suivi Carroll pendant plusieurs années. « Je voulais montrer la personne derrière les gros titres », explique-t-elle dans une note de production. Le film alterne entre moments graves — les dépositions, les verdicts — et scènes plus légères, comme Carroll dans son appartement new-yorkais, en train de répondre aux courriers de ses lectrices avec son humour caractéristique.

Contexte politique

Cette sortie intervient dans un climat politique américain toujours marqué par les séquelles du trumpisme. Alors que l’ancien président reste une figure centrale de la droite américaine, le documentaire rappelle que la justice a tranché : un jury a reconnu Trump responsable d’agression sexuelle et de diffamation. Le film ne se présente pas comme un réquisitoire politique, mais comme le témoignage d’une femme ordinaire devenue malgré elle un symbole de la lutte contre les violences sexistes.

Carroll conclut le documentaire par un message : « Nous ne pouvons pas laisser ces histoires être enterrées. Si je peux aider une seule personne à se sentir moins seule, alors tout cela en aura valu la peine. »