Une expansion dans les vaccins

Le laboratoire pharmaceutique Eli Lilly a annoncé mardi l'acquisition de trois sociétés développant des vaccins, dans le cadre d'opérations totalisant jusqu'à 4 milliards de dollars. Il s'agit de Curevo, une entreprise de la région de Seattle qui met au point un vaccin contre le zona ; LimmaTech Biologics, une firme suisse ciblant les infections à staphylocoques ; et Vaccine Company, qui se concentre sur le virus d'Epstein-Barr. Aucune de ces trois sociétés ne commercialise actuellement de produit.

Ces acquisitions marquent un retour d'Eli Lilly dans le domaine des maladies infectieuses, un secteur qui n'était plus une priorité majeure pour le groupe ces dernières années. Le laboratoire, devenu l'automne dernier la première entreprise du secteur de la santé à atteindre une valorisation de 1 000 milliards de dollars, dispose d'importantes réserves de liquidités grâce aux ventes de ses médicaments contre l'obésité, commercialisés sous les noms de Mounjaro et Zepbound. Cette manne financière a alimenté une série d'acquisitions récentes : cette année, Eli Lilly a déjà racheté plusieurs petites entreprises actives dans les domaines du cancer, de la narcolepsie, des thérapies cellulaires et de l'inflammation.

Un contexte politique difficile

Le secteur des vaccins traverse une période difficile sous la direction du secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., qui a supervisé une série de changements politiques hostiles au développement des vaccins. Les ventes des principaux vaccins ont chuté, et les petites entreprises affirment que le climat politique rend plus difficile la levée de fonds et l'expansion. Avant même l'arrivée de M. Kennedy, plusieurs grands groupes pharmaceutiques avaient déjà réduit la priorité accordée à leurs divisions maladies infectieuses, en grande partie parce qu'elles étaient moins rentables que d'autres domaines.

Le retour d'une tradition

Eli Lilly, qui fête cette année ses 150 ans d'existence, possède une longue tradition dans les maladies infectieuses. Dans les années 1950, le laboratoire a produit le vaccin contre la polio. À la fin des années 1980, l'antibiotique Ceclor était son produit le plus vendu. Ces dernières années, Eli Lilly s'était concentré sur les médicaments contre le diabète, l'obésité, le cancer, les maladies auto-immunes et la maladie d'Alzheimer. Ce retour aux vaccins, même s'il intervient dans un contexte politique tendu, s'inscrit donc dans une continuité historique.

Le montant total des transactions, pouvant atteindre 4 milliards de dollars, reflète l'ambition du groupe de se repositionner sur un marché jugé porteur à long terme malgré les difficultés actuelles. Les trois cibles sont des entreprises de biotechnologie spécialisées dont les candidats vaccins en sont encore à des stades de développement précliniques ou cliniques précoces. Eli Lilly n'a pas précisé le calendrier qu'il envisage pour l'arrivée sur le marché de ces potentiels nouveaux produits.