Alors que les électeurs colombiens se préparent à se rendre aux urnes dimanche prochain pour le premier tour de l'élection présidentielle, la campagne est entachée par une vague de désinformation amplifiée par l'intelligence artificielle. Plusieurs partis et candidats ont signalé la diffusion de deepfakes – vidéos, audios ou images générés ou modifiés par IA – conçus pour tromper l'électorat.
Des contenus synthétiques pour manipuler l'émotion
Selon des observateurs, ces outils sont utilisés pour « amener l'électeur à voter davantage avec ses émotions qu'avec sa raison », en créant des scènes fictives ou en altérant les propos des candidats. Les autorités électorales et des organisations de la société civile ont mis en garde contre la diffusion de ces contenus, qui peuvent viser à discréditer un adversaire ou à créer une fausse adhésion autour d'une figure politique.
Plusieurs exemples ont été documentés au cours des dernières semaines, incluant des vidéos où des candidats semblent tenir des propos qu'ils n'ont jamais tenus, ou des images les montrant dans des situations inexistantes. Ces manipulations interviennent dans un contexte de forte polarisation politique et de méfiance envers les institutions.
Un défi pour les autorités et les plateformes
Face à cette menace, la commission électorale nationale a appelé à la vigilance et rappelé que la diffusion de fausses informations peut être sanctionnée. Les plateformes de réseaux sociaux, principaux vecteurs de ces contenus, sont également sous pression pour identifier et supprimer les deepfakes trompeurs. Toutefois, la rapidité de propagation et la difficulté technique à détecter ces contenus compliquent la tâche.
Des experts en cybersécurité et en droit numérique interrogés soulignent que la législation colombienne n'est pas encore totalement adaptée à ce type de fraudes technologiques. Ils appellent à une meilleure éducation numérique des citoyens pour leur permettre de repérer les signes de manipulation.
Enjeux démocratiques
L'utilisation croissante de l'IA dans les campagnes électorales n'est pas propre à la Colombie, mais le scrutin de dimanche prochain constitue un test important pour la résilience démocratique du pays. Des organisations de défense des droits numériques ont déjà signalé une augmentation des signalements de fausses informations depuis l'ouverture de la campagne officielle.
Les candidats, de leur côté, multiplient les mises en garde. Certains ont même lancé des apps ou des sites web pour vérifier l'authenticité de contenus les concernant. La tension monte à mesure que la date du vote approche, et les autorités redoutent que la désinformation n'affecte la participation ou n'encourage des violences post-électorales.
Une réponse insuffisante ?
Malgré les efforts, plusieurs analystes estiment que les mesures actuelles restent insuffisantes face à la sophistication des deepfakes. Les vérificateurs de faits peinent à suivre le rythme de production de ces contenus. En outre, les sanctions prévues par la loi peuvent être contournées par des comptes anonymes ou situés à l'étranger.
La Colombie rejoint ainsi d'autres démocraties confrontées à ce fléau, où l'IA est utilisée non seulement pour créer des fake news, mais aussi pour amplifier des discours de haine ou manipuler le débat public.