Après 88 jours de coupure quasi totale, les autorités iraniennes ont partiellement rétabli l'accès à Internet mondial mardi 26 mai. Si ce retour a été accueilli avec soulagement par une population privée de réseau depuis le début de la guerre le 28 février, l'enthousiasme initial laisse déjà place à l'amertume face à une connectivité limitée et précaire.
Un retour partiel et fragile
L'ONG NetBlocks a confirmé mardi soir un retour partiel de la connexion à hauteur de 60 %. « Bienvenue à nouveau, Iran ! », s'est félicitée l'organisation de surveillance du numérique sur le réseau social X. Elle précise toutefois que « Filternet est toujours en place, mais qu'il est possible de le contourner », et que « WhatsApp est désormais restreint et nécessite un contournement ». Certains utilisateurs restent encore hors ligne, et l'organisme indique ne pas savoir si ce rétablissement sera durable.
Des retrouvailles numériques chargées d'émotion
Malgré ces limitations, ce retour a permis à de nombreuses familles de renouer le contact. Une Franco-Iranienne installée à Paris témoigne : « J'ai pu joindre ma sœur pour la première fois, je n'avais pas entendu sa voix depuis le 28 février. Elle a plus de 80 ans et chaque contact avec elle est précieux. On s'est parlé longtemps. Ça nous a réchauffé le cœur. »
Sur le même réseau social, la journaliste Elahe Mohammadi a décrit ces retrouvailles numériques avec émotion : « Un par un, nous reprenons contact avec le réseau d'avant et nous nous laissons des messages. L'un retient ses larmes, un autre se précipite chez ses parents pour connecter son téléphone à Internet, un autre encore n'arrive pas à croire que nous ayons enduré tout cela, et un autre nous adresse un grand bravo, chapeau à tous. Cette vie humiliante n'était pas ce que nous méritions. »
Un accès lent, cher et entravé
Dès le lendemain, mercredi 27 mai, la lassitude a gagné de nombreux utilisateurs. « Beaucoup de sites restent inaccessibles et les applications ne chargent pas correctement, ça reste très lent chez moi », déplore Mina, graphiste free-lance à Téhéran. « Je vais devoir continuer à dépenser des sommes folles pour acheter des connexions et des VPN qui fonctionnent. » Elle indique avoir dépensé près de 200 millions de rials (environ 130 euros) en un mois pour des gigas. Un coût prohibitif dans un pays où le salaire moyen est d'environ 170 euros mensuels et le salaire minimum tourne autour de 85 euros par mois. « C'est lent, très lent… Il faut s'armer de patience avant de pouvoir regarder une vidéo YouTube », soupire-t-elle.
Pendant les 88 jours de coupure, les Iraniens n'ont eu accès qu'à l'intranet national, un réseau local permettant de consulter des sites iraniens, des services bancaires ou des applications approuvées par l'État. « Les sites locaux fonctionnent, les banques, les sites de commerce en ligne, nos applications comme Snapp! (équivalent d'Uber) ou Divar (équivalent du Bon Coin) », raconte Mina. Mais pour son travail, elle a besoin d'une vraie connexion : « J'ai besoin d'utiliser l'IA au quotidien, et de me mettre à jour sur les derniers outils, je regarde beaucoup de tutos sur YouTube… J'ai besoin d'une vraie connexion. »
Une qualité de connexion toujours limitée
Mina exprime le sentiment de nombreux Iraniens : « Ça peut paraître ridicule mais je suis restée plantée des heures devant mon écran en attendant que ça revienne. Pour moi, être connectée c'est indispensable. » Pourtant, la qualité reste bien en deçà des attentes. « J'ai besoin d'une vraie connexion. »
Alors que le gouvernement ne s'est pas exprimé sur la pérennité de ce rétablissement, les utilisateurs redoutent un retour « au compte-gouttes », une expression qui résume leur frustration face à une connexion encore parcellaire et sous surveillance.