« En matière d'éducation, notre société a démissionné », a déclaré la psychologue Marie-Estelle Dupont, dressant un constat sévère sur l'état de la protection et de l'encadrement des enfants en France. Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par une hausse spectaculaire des violences graves : le nombre de tentatives d'homicide a bondi de 178 %, un chiffre que la spécialiste relie directement à un défaut d'autorité et de transmission des repères éducatifs.

Un lien établi entre démission éducative et violence

Marie-Estelle Dupont, psychologue clinicienne, ne se contente pas d'observer une augmentation statistique ; elle en analyse les racines. Selon elle, l'explosion des tentatives d'homicide est le symptôme d'une société qui a cessé d'assumer son rôle d'éducation. « Nous avons laissé se développer une situation où les enfants ne sont plus suffisamment cadrés, où les parents et les institutions ont renoncé à imposer des limites », explique-t-elle. Ce renoncement collectif, ajoute-t-elle, crée un terreau favorable à la violence, faute d'avoir inculqué le respect de l'autre et la notion de conséquences.

La responsabilité des adultes en question

La psychologue ne pointe pas uniquement les parents, mais l'ensemble de la société : système scolaire, médias, autorités publiques. « Tout le monde a sa part de responsabilité », insiste-t-elle. Elle déplore que les adultes aient trop souvent choisi la facilité en évitant d'affronter les conflits ou d'énoncer des règles claires. « On a voulu protéger les enfants de toute frustration, mais on les a privés des repères dont ils ont besoin pour grandir », précise-t-elle, en miroir du constat du philosophe Michel Onfray, qui s'étonnait récemment du paradoxe entre le nombre d'ingénieurs en sciences de l'éducation et le taux d'illettrisme.

Un appel à un sursaut collectif

Pour Marie-Estelle Dupont, inverser la tendance exige un réengagement de tous les acteurs : restauration de l'autorité parentale, renforcement de la formation des enseignants, et surtout une prise de conscience que l'éducation ne peut être déléguée aux seuls spécialistes. « Il faut que la société dans son ensemble retrouve le courage d'éduquer », conclut-elle. Son analyse fait écho aux débats actuels sur les réformes scolaires, notamment les stages en troisième et seconde voulus par le gouvernement, et à la volonté de 79 % des Français de voir diffuser dans les collèges et lycées le film « L'Abandon », consacré à l'assassinat de Samuel Paty – autant de signes d'une société en quête de repères.

Le constat de la psychologue intervient alors que les chiffres de la délinquance juvénile et des violences intrafamiliales alimentent régulièrement le débat public. Si elle ne propose pas de solution clé en main, Marie-Estelle Dupont espère que son cri d'alarme provoquera une réflexion nécessaire sur le sens même de l'éducation aujourd'hui.