Un tribunal fédéral de Washington a ordonné vendredi le retrait du nom de Donald Trump de l'appellation officielle du Kennedy Center for the Performing Arts, jugeant que la modification décidée par le conseil d'administration était illégale.

Le juge Christopher Cooper, nommé sous l'administration Obama, a rendu une décision de 94 pages dans laquelle il estime que la loi organique qui régit l'institution est claire : le centre doit porter le nom du président John F. Kennedy, et seul le Congrès a le pouvoir de changer cette appellation. « Le Congrès a donné son nom au Kennedy Center, et seul le Congrès peut le changer », a écrit le magistrat.

Retrait sous 14 jours

Conformément à l'ordonnance, l'administration du centre dispose d'un délai de quatorze jours pour faire disparaître le nom de Donald Trump de tous les supports – enseignes, façade du bâtiment, signalétique numérique et documents officiels. La dénomination redeviendra celle d'origine, « John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts », qui était la sienne depuis son inauguration en 1971, en mémoire du président assassiné en 1963.

Appel annoncé

La direction du Kennedy Center a indiqué qu'elle ferait appel de cette décision. Roma Daravi, porte-parole de l'institution, a déclaré dans un communiqué : « Nous sommes convaincus qu'en appel, le tribunal confirmera la volonté du conseil de reconnaître les contributions historiques du président Trump à notre centre culturel national. » Elle a également précisé que l'équipe juridique allait étudier la partie du jugement concernant la fermeture pour travaux.

Projets de rénovation bloqués

Le juge a en effet également suspendu le projet de fermeture temporaire du site pour deux ans, annoncé en février par Donald Trump. Celui-ci envisageait une fermeture à compter du 4 juillet 2026, date du 250e anniversaire de l'indépendance américaine, afin de mener d'importants travaux de rénovation. La décision de justice empêche toute fermeture sans l'accord préalable du Congrès.

La porte-parole a toutefois souligné l'urgence des travaux : « Même si le plaignant le reconnaît, la réalité demeure : le centre nécessite une restauration urgente et importante. Avec 257 millions de dollars obtenus par le président Trump et approuvés par le Congrès, les ressources sont en place et nous restons déterminés à emprunter toutes les voies légales pour garantir que le Trump Kennedy Center soit restauré comme un lieu culturel national pour tous les Américains. »

Conflit autour de la gouvernance

Cette affaire trouve son origine dans la recomposition du conseil d'administration du Kennedy Center par Donald Trump en février 2025. Le président s'était alors nommé lui-même administrateur avant d'être élu président du conseil d'administration de l'institution. En décembre de la même année, le conseil avait voté le changement de nom, et les nouvelles lettres portant le nom complet de Donald Trump avaient été apposées sur le portique d'entrée dès le lendemain.

Ces décisions avaient provoqué l'annulation de représentations par plusieurs artistes programmés et une baisse des ventes de billets.

Action en justice des anciens administrateurs

L'action en justice a été intentée par Joyce Beatty, membre du Congrès pour l'Ohio et démocrate, ainsi que d'autres anciens administrateurs. Ils contestaient avoir été privés de leur droit de vote sur les décisions du conseil. Par la suite, la plainte a été modifiée pour inclure l'opposition au projet de fermeture pour rénovations.

Joyce Beatty a salué la décision : « Le jugement d'aujourd'hui affirme à juste titre que les efforts de cette administration pour renommer et fermer le centre n'ont aucun fondement juridique. Le Kennedy Center est une institution qui appartient au peuple américain, pas à Donald Trump. Il a profané ce mémorial sacré par sa propre vanité. Je suis fière d'avoir lutté pour l'État de droit et de protéger cette institution sacrée. »

Conséquences culturelles et politiques

Cette décision intervient dans un contexte de tensions accrues autour des institutions culturelles fédérales. Le Kennedy Center, inauguré en 1971 en mémoire de John F. Kennedy, est un lieu emblématique de la vie culturelle américaine. Le bras de fer autour de sa gouvernance et de son nom illustre les divisions politiques qui traversent le pays, y compris dans le domaine des arts.

L'appel annoncé par la direction du centre pourrait prolonger le litige, mais pour l'instant, l'ordonnance du juge Cooper rétablit l'appellation historique et bloque tout projet de fermeture unilatérale.