Les Enhanced Games, une compétition sportive inédite autorisant l’usage de substances dopantes, doivent se dérouler le 24 mai à Las Vegas. Soutenus par des investisseurs comme Peter Thiel et Donald Trump Jr., ces jeux se présentent comme une vitrine des limites humaines repoussées par la pharmacologie. Mais pour les experts antidopage, ils constituent un danger grave.

Un concept controversé

Lancés en 2023, les Enhanced Games devaient initialement réunir des milliers d’athlètes dans cinq sports. Après plusieurs reports et des « exhibitions » ayant revendiqué un record du monde en natation, la première édition rassemble finalement 42 athlètes dans quatre disciplines : natation, sprint, haltérophilie et « strongman ». Chaque épreuve offre une dotation totale de 500 000 dollars (430 000 euros), dont 250 000 dollars pour le vainqueur. Des primes de record sont également prévues : 1 million de dollars pour un record du monde battu au 100 mètres ou au 50 mètres nage libre. Un stade d’une capacité de 2 500 places a été construit pour l’occasion.

Les organisateurs affirment vouloir « libérer les meilleures performances des athlètes sous la supervision médicale et clinique la plus élevée, de manière transparente et sûre, en utilisant des substances légales, approuvées par la FDA (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) ». Mais les critiques jugent ces records chimiquement améliorés sans valeur et estiment que leur quête est mortellement dangereuse.

Des risques de santé majeurs

Michael Cepic, président de l’Organisation centrale européenne antidopage, qualifie l’événement de « spectacle », de « cirque ». Il considère que l’idée que les jeux privilégient la sécurité des athlètes est absurde. « Les produits pharmaceutiques sont développés pour des personnes malades. Les utiliser sans pathologie ne peut être bon pour le corps », explique-t-il. Selon lui, le danger de décès et de dommages irréversibles est bien réel.

Bien que la prise de substances ne soit pas obligatoire et que quelques athlètes aient annoncé ne pas en prendre, la majorité devrait le faire. Les participants ont suivi un camp d’entraînement sous supervision médicale aux Émirats arabes unis, avec des programmes de substances adaptés pour atteindre leur pic ce week-end. Les organisateurs ont indiqué que les résultats globaux seraient publiés sur un site gouvernemental américain pour examen par les pairs, mais que les protocoles individuels ne seraient pas divulgués pour respecter la confidentialité des informations médicales. Un total agrégé des substances utilisées par tous les athlètes devrait être communiqué ultérieurement, sans détail par individu.

Un précédent dangereux ?

Michael Cepic établit un parallèle avec les combats de gladiateurs de l’Empire romain : « Les gens mettent leur santé en danger pour offrir un grand spectacle au public et pour l’argent. » Il souligne que si les gladiateurs mouraient sur le champ, aujourd’hui les athlètes risquent de mourir prématurément, à 43 ou 47 ans, sans que personne ne s’en soucie. Il craint que cette première édition n’entraîne des conséquences sanitaires encore plus graves à l’avenir.

Les Enhanced Games comptent parmi leurs participants l’Américain Fred Kerley, médaillé olympique en sprint, actuellement suspendu par l’Agence américaine antidopage pour des tests manqués. Sa présence illustre l’attrait de ces jeux pour des athlètes en conflit avec les instances antidopage traditionnelles.

Un avenir incertain

Alors que les investisseurs voient dans les Enhanced Games une preuve du potentiel humain débridé, les spécialistes de la santé et du sport s’alarment. Entre promesses de records et risques vitaux, cette compétition inédite interroge sur la frontière entre innovation sportive et mise en danger des athlètes. La tenue de l’événement à Las Vegas, dans un contexte de libéralisation des substances, pourrait ouvrir la voie à d’autres manifestations du même type.