Le leader du parti Reconquête, Eric Zemmour, est jugé en appel ce jeudi 28 mai par la cour d’appel de Paris pour « contestation de crime contre l’humanité ». Les poursuites font suite à des propos tenus dans un ouvrage publié en 2021, dans lequel il affirmait que « la déportation en France d’homosexuels » pendant la Seconde Guerre mondiale était « une légende ».

Ce procès en appel intervient après une première condamnation en première instance. Eric Zemmour avait été reconnu coupable de contestation de crime contre l’humanité, une infraction prévue par la loi française. La justice lui reproche d’avoir minimisé la réalité de la persécution et de la déportation des personnes homosexuelles sous le régime de Vichy, qui a collaboré avec l’Allemagne nazie.

Le contexte judiciaire

L’affaire trouve son origine dans les déclarations de l’ancien polémiste, qui avait nié l’existence d’une politique spécifique de déportation des homosexuels en France. Les associations de défense des droits LGBTQ+ et les parties civiles avaient alors porté plainte, estimant que ces propos constituaient une négation d’un crime contre l’humanité, conformément à la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse modifiée. La condamnation en première instance avait été prononcée par le tribunal correctionnel de Paris, qui avait jugé que les affirmations de l’intéressé étaient contraires aux faits historiques établis.

Eric Zemmour, qui a fait appel de cette décision, comparaît donc ce jeudi devant la cour d’appel. Ses avocats devraient plaider l’absence d’intention de nier un crime contre l’humanité, arguant que son propos relevait d’une opinion personnelle et non d’une contestation systématique. De leur côté, les parties civiles et le parquet général maintiendront leurs demandes de confirmation de la culpabilité.

Les enjeux historiques et politiques

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de débats mémoriels autour de la Seconde Guerre mondiale. La déportation des homosexuels par le régime de Vichy est un sujet longtemps méconnu, mais désormais documenté par les historiens. Des milliers de personnes ont été arrêtées en vertu de l’article 334 du code pénal de l’époque, qui réprimait l’homosexualité, et beaucoup ont été internées dans des camps français ou déportées vers Auschwitz.

Sur le plan politique, Eric Zemmour est régulièrement accusé par ses opposants de relativiser les crimes du nazisme et de la collaboration. Il avait déjà été condamné par le passé pour des propos similaires, notamment pour provocation à la haine raciale. Ce nouveau procès en appel intervient alors qu’il occupe la présidence d’un parti d’extrême droite, Reconquête, et qu’il continue de peser sur le débat public en France.

Les réactions et la suite

À l’issue de l’audience, la cour d’appel mettra son délibéré en délibéré, généralement quelques semaines plus tard. Si la condamnation est confirmée, Eric Zemmour encourt une peine d’amende et éventuellement une peine d’emprisonnement avec sursis. En revanche, si la cour infirme le jugement, il serait relaxé.

Les associations de défense des droits LGBTQ+ suivent cette affaire avec attention. Elles soulignent que la reconnaissance de la déportation des homosexuels comme crime contre l’humanité est essentielle pour la mémoire collective et la lutte contre les discours de haine. Leur présence à l’audience ce jeudi témoigne de l’importance symbolique de ce procès.