Alors que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’enlise après deux mois de guerre, l’Allemagne opère un virage diplomatique. Le gouvernement fédéral ne croit plus pouvoir jouer un rôle de médiateur dans ce conflit et cherche désormais à renforcer ses liens avec les États du Golfe, perçus comme des partenaires fiables dans une région où la position américaine s’affaiblit.

Une semaine d’intenses consultations

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul (Union chrétienne-démocrate, CDU), a été exceptionnellement actif cette semaine. Lundi, il a rencontré son homologue turc, Hakan Fidan. Il a ensuite participé à une conférence au ministère des Affaires étrangères sur la sécurité énergétique de l’Ukraine, en présence de représentants du ministère de l’Économie.

Wadephul a également reçu le cheikh Abdallah ben Zayed, ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, et le prince héritier de Jordanie, Hussein ben Abdallah. Ces entretiens s’inscrivent dans une stratégie de rapprochement avec les capitales du Golfe, de plus en plus préoccupées par l’enlisement du conflit et le soutien de la Russie à l’Iran.

Merz se dit « désillusionné »

Fin avril, le chancelier Friedrich Merz s’était dit « désillusionné » par la conduite de la guerre par les États-Unis et Israël, à l’issue d’une réunion à huis clos de son parti à Berlin. « Il n’y a pas eu de résolution rapide, comme l’avaient initialement espéré le président Donald Trump et le Premier ministre Benyamin Netanyahou », avait-il déclaré.

« C’est pourquoi nous voulons poursuivre nos efforts diplomatiques européens pour trouver une solution. Nous nous coordonnons étroitement avec les États-Unis, mais nous avons aussi nos propres idées européennes sur la manière dont le conflit peut être résolu », avait ajouté le chancelier.

Un partenariat fondé sur la défense de l’ordre fondé sur des règles

Max Hofmann, chef du bureau berlinois d’une chaîne allemande, estime que cette dynamique n’est pas surprenante. « On ne peut pas mettre tous les États du Golfe dans le même panier, mais il s’agit essentiellement de trouver des partenaires fiables », explique-t-il. « Les États-Unis échouent dans leur rôle de partenaire et de protecteur. Par la guerre et ses conséquences, ils mettent en danger la sécurité et les modèles économiques de nombreux pays de la région. De plus, la stratégie américaine de médiation entre l’Iran et l’Occident a échoué », ajoute-t-il.

Selon lui, c’est précisément parce que l’Allemagne s’engage en faveur d’un ordre fondé sur des règles qu’elle redevient un partenaire attrayant pour ces pays.

Un virage attendu

Philipp Dienstbier, responsable du programme régional de la Fondation Konrad-Adenauer (proche de la CDU) en Jordanie, juge ce recentrage vers le Golfe prévisible. « Avant même la guerre en Iran, plusieurs hauts responsables du gouvernement – dont le chancelier Merz et le ministre de l’Économie – s’étaient déjà rendus dans la région », rappelle-t-il.

Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, qui dure depuis près de deux mois, n’a pas apporté la victoire rapide escomptée. Les pays du Golfe, souvent ciblés par Téhéran, redoutent une escalade régionale et cherchent des appuis diplomatiques stables. En se tournant vers eux, Berlin tente de construire une alternative européenne à la médiation américaine défaillante, tout en préservant ses intérêts énergétiques et sécuritaires.

Quel avenir pour la diplomatie allemande ?

Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits. Les entretiens de Johann Wadephul avec la Turquie, les Émirats arabes unis et la Jordanie montrent une volonté de créer un réseau diplomatique régional, distinct de l’axe Washington-Tel-Aviv. Mais la capacité de l’Allemagne à peser sur le cours de la guerre, alors que les combats se poursuivent et que la Russie soutient l’Iran, demeure incertaine.