La Commission européenne a donné son feu vert au rachat d'Aluminium Dunkerque, premier producteur français du métal, par le groupe bahreïnien Aluminium Bahrain (Alba). L'annonce, officialisée ce mercredi, marque une étape décisive pour cette opération qui avait suscité l'attention des pouvoirs publics français.

L'exécutif bruxellois a jugé que la transaction ne posait pas de problème de concurrence sur le marché européen. Cette décision intervient alors que l'État français s'était engagé à suivre avec vigilance le processus de cession du site de Loon-Plage, dans le Nord, l'une des plus grandes alumineries d'Europe.

Une opération scrutée par les autorités françaises

Le gouvernement avait promis d'être particulièrement attentif au profil des repreneurs d'Aluminium Dunkerque, craignant des conséquences sur l'emploi et la souveraineté industrielle. Bpifrance, la banque publique d'investissement, avait un temps été envisagée comme investisseur afin de garantir un contrôle de l'État sur le groupe. Cette option n'a finalement pas été retenue.

Alba, un acteur majeur du secteur

Aluminium Bahrain est l'un des plus grands producteurs d'aluminium au monde. Basé au Bahreïn, le groupe est déjà présent sur le marché européen. Le rachat d'Aluminium Dunkerque lui permettrait de renforcer sa position sur le continent, en s'offrant un outil industriel moderne et stratégique.

Le site de Loon-Plage, qui emploie plusieurs centaines de salariés, produit de l'aluminium primaire destiné à de nombreux secteurs, de l'automobile à l'aéronautique en passant par le bâtiment. Sa reprise par Alba avait suscité des interrogations quant aux engagements du groupe en matière de maintien de l'emploi et de respect des normes environnementales.

Les réactions et les prochaines étapes

Avec l'aval de la Commission européenne, les derniers obstacles réglementaires sont levés. L'opération doit désormais être finalisée dans les prochaines semaines, sous réserve de la satisfaction des conditions fixées par les autorités de la concurrence.

Alba a indiqué vouloir faire d'Aluminium Dunkerque une plateforme de croissance en Europe. Le groupe bahreïnien s'est engagé à maintenir l'activité du site et à investir pour améliorer sa compétitivité. Les syndicats et les élus locaux restent attentifs aux garanties concrètes qui seront apportées pour préserver l'outil de travail et l'emploi.

Les enjeux d'un rachat sous haute surveillance

Cette acquisition intervient dans un contexte de tensions sur les marchés de l'aluminium, marqué par une hausse des prix et des préoccupations sur la dépendance européenne vis-à-vis des importations. La décision de Bruxelles intervient alors que plusieurs États membres, dont la France, plaident pour un renforcement de la souveraineté industrielle dans des secteurs jugés stratégiques.

La cession d'Aluminium Dunkerque à un acteur extra-européen illustre les dilemmes de la politique industrielle : attirer des investissements étrangers tout en préservant les intérêts nationaux. L'État français s'était positionné en faveur d'une solution qui garantisse l'avenir du site, mais sans mettre en place de mécanisme de contrôle direct via Bpifrance.

Alba est désormais attendu sur ses engagements concrets, notamment en matière d'emploi, d'investissements et de décarbonation de la production. Le site de Dunkerque est l'un des plus performants d'Europe en termes d'émissions de CO2, et le repreneur a promis de poursuivre les efforts en ce sens.