Les États-Unis ont réinscrit la juriste italienne Francesca Albanese sur leur liste de personnes sanctionnées, quelques jours seulement après qu’un tribunal fédéral a suspendu les mesures prises contre elle. Le nom de la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés est réapparu sur le registre du Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor, sans qu’aucune explication officielle n’accompagne cette mise à jour.

Francesca Albanese est l’une des voix les plus critiques de la politique israélienne dans les instances onusiennes. Ses conclusions, selon lesquelles les opérations menées par l’armée israélienne dans la bande de Gaza constituent un génocide, ont conduit l’administration du président Donald Trump à la désigner comme « Specially Designated National » (SDN) dès juillet 2025. Le secrétaire d’État Marco Rubio l’avait alors accusée de se livrer à des « activités biaisées et malveillantes » contre Israël et d’avoir recommandé à la Cour pénale internationale (CPI) de délivrer des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. La CPI avait suivi cette recommandation en novembre 2024.

Ces sanctions interdisent à Albanese d’entrer aux États-Unis, gèlent ses avoirs sur le sol américain et empêchent toute entité basée aux États-Unis d’avoir des relations commerciales avec elle. La rapporteuse, de nationalité italienne, est particulièrement vulnérable car sa fille possède la citoyenneté américaine et que sa famille conserve une résidence dans le pays. En février, ses proches ont intenté une action en justice contre l’administration Trump, alléguant que les sanctions perturbaient gravement sa vie quotidienne, y compris en la privant d’accès à son compte bancaire.

Le juge Richard Leon, nommé par l’ancien président George W. Bush, a donné raison à la famille le 13 mai. Dans son ordonnance, il a estimé que l’administration Trump avait utilisé les sanctions pour restreindre la liberté d’expression de l’experte onusienne, protégée par le premier amendement. Il a également souligné que ses recommandations à la CPI n’avaient aucun caractère contraignant, les qualifiant de « simple opinion ». Cette décision avait entraîné le retrait temporaire d’Albanese de la liste noire.

L’administration Trump a immédiatement fait appel du jugement et annoncé son intention de rétablir les sanctions « dès que possible ». Ce nouveau retournement intervient alors que Washington accentue sa pression sur les institutions et personnalités internationales qui, selon la Maison-Blanche, portent atteinte aux intérêts américains ou israéliens. Outre Albanese, l’administration Trump a sanctionné neuf juges et plusieurs procureurs de la CPI impliqués dans des enquêtes sur des exactions commises par les forces américaines ou israéliennes.

La réinscription de Francesca Albanese suscite de vives critiques parmi les juristes et défenseurs des droits humains, qui y voient une nouvelle attaque contre le droit international et une tentative d’intimider les voix critiques. Plus de 75 000 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza depuis que l’armée israélienne a déclenché des opérations meurtrières en 2023, une situation que de nombreux experts jugent constitutive de génocide. Les autorités israéliennes rejettent fermement cette qualification.

La procédure judiciaire se poursuit. Le gouvernement américain a fait appel de l’injonction accordée par le juge Leon, et la cour d’appel fédérale devra se prononcer sur la légalité des sanctions au regard des garanties constitutionnelles américaines et des obligations des États-Unis envers les Nations unies.