Georg Baselitz, l’un des peintres et sculpteurs allemands les plus influents de l’après-guerre, est décédé le 30 avril dernier à l’âge de 88 ans. L’artiste, connu dans le monde entier pour ses toiles retournées à l’envers et son tempérament provocateur, laisse derrière lui une œuvre expressive et figurative qui a marqué l’histoire de l’art.

Né Hans-Georg Bruno Kern en 1938 à Deutschbaselitz, en Saxe, il grandit dans l’Allemagne de l’Est. Très tôt, il fait preuve d’indiscipline : en 1956, à 18 ans, il est exclu de l’académie des beaux-arts de Berlin-Est pour avoir refusé d’effectuer un travail industriel obligatoire à Rostock, préférant peindre à la manière de Pablo Picasso. Peu après, il rejoint Berlin-Ouest, avant la construction du Mur en 1961, et découvre l’abstraction alors dominante dans le milieu artistique ouest-allemand. Mais il choisit de s’en détourner pour développer un réalisme expressif personnel.

Un pseudonyme et un scandale fondateur

En 1961, il adopte le pseudonyme de Georg Baselitz, tiré de son village natal. La même année, deux de ses toiles, « Der Nackte Mann » (L’Homme nu) et « Die grosse Nacht im Eimer » (La Grande Nuit par terre), provoquent un scandale. Représentant un personnage au sexe démesuré, elles sont saisies pour pornographie présumée. Baselitz et deux galeristes berlinois sont contraints de comparaître devant le tribunal de Berlin, puis devant la Cour fédérale de justice. Les poursuites sont finalement abandonnées. L’affaire, peut-être attisée par le galeriste Michael Werner, contribue à lancer sa carrière : ses œuvres commencent à se vendre.

Une réputation sulfureuse entretenue

Tout au long de sa vie, Baselitz a cultivé l’image d’un rebelle inébranlable. Il a multiplié les déclarations polémiques, affirmant par exemple que les femmes ne savent pas peindre, ce qui expliquerait selon lui le prix modeste de leurs œuvres sur le marché, ou qualifiant la Documenta, grande exposition d’art contemporain, de « Paralympiques ». Ces provocations lui ont valu une réputation de sexiste irascible, mais aussi une place à part dans le monde de l’art.

En 2015, il retire les œuvres qu’il avait prêtées à des musées allemands pour protester contre un projet de loi sur la protection des biens culturels, qui visait à restreindre les exportations d’œuvres. La loi, finalement assouplie, aurait pu limiter la vente de ses toiles sur le marché international, où certaines atteignaient plusieurs centaines de milliers d’euros, voire plus d’un million.

Un héritage contesté mais incontournable

Baselitz a toujours voulu rester « en vogue et jeune », confiait-il en 2013 à un magazine allemand. Sa mort, survenue le 30 avril 2026, met un terme à une carrière longue de sept décennies, marquée par le succès commercial et la controverse. Ses œuvres, souvent retournées pour déstabiliser le regard du spectateur, continuent d’interroger les conventions de la peinture figurative.