Alors qu’un rapport de la commission d’enquête du Sénat, adopté le 19 mai, pointe un « déséquilibre des rapports de force » dans la formation des prix alimentaires, une coalition de 37 associations, réunie autour de foodwatch et de Familles rurales, interpelle les pouvoirs publics. Le document sénatorial, qui chiffre à seulement 8 % la part de la valeur finale revenant aux agriculteurs, contre 40 % pour les distributeurs, sert de déclencheur à une nouvelle offensive pour l’accessibilité des produits sains.
Un constat partagé sur les marges des distributeurs
La commission d’enquête du Sénat dénonce un système dans lequel les grandes enseignes (Carrefour, E.Leclerc, Intermarché, etc.) captent l’essentiel de la valeur ajoutée, sans que cela se traduise par des prix bas pour les consommateurs sur les aliments les plus sains. Anne Legentil, conseillère alimentation à l’association Familles rurales, explique que la grande distribution facture des services à ses fournisseurs (mise en rayon, catalogues) en plus de la marge sur le prix de vente. Elle ajoute que les marges sont bien plus faibles sur les produits industriels d’appel, comme les pâtes à tartiner, que sur les fruits et légumes ou les produits bruts. Ainsi, les œufs bio peuvent supporter une marge deux fois plus élevée que les œufs de poules en cage, ce qui les rend inaccessibles pour une partie de la population. Depuis le pic d’inflation, la disponibilité des produits bio a également diminué dans certains rayons.
Un panier de 100 produits sains à prix coûtant
Face à ce constat, les 37 associations demandent l’instauration d’un « panier de 100 produits sains à prix coûtant » dans tous les supermarchés. Cette liste, élaborée à partir des recommandations du programme national nutrition-santé (PNNS), comprend des fruits et légumes (frais, surgelés, en conserve), des légumineuses, des produits laitiers, des produits céréaliers, ainsi que des produits bruts comme l’huile et le sucre, nécessaires pour cuisiner. L’objectif est de garantir à chacun l’accès à un socle de produits bénéfiques pour la santé, à un prix accessible.
Une opposition entre volontariat et contrainte légale
Selon Anne Legentil, la vente à prix coûtant est techniquement réalisable : l’enseigne Système U l’a déjà pratiquée sur 150 produits lors du pic d’inflation en 2023, et la grande distribution n’hésite pas à vendre l’essence à prix coûtant. Le ministre du Commerce et du Pouvoir d’Achat, Serge Papin, s’est dit ouvert à l’idée mais uniquement sur la base du volontariat. Les associations, elles, estiment que seule une loi peut garantir la pérennité de la mesure et empêcher les distributeurs de la contourner. « Nous comptons sur les parlementaires pour l’imposer », insiste la conseillère.
Des mesures complémentaires pour la transparence
Au-delà du panier, le rapport sénatorial et les associations réclament un renforcement de la transparence sur la formation des prix. Ils dénoncent l’opacité des flux financiers entre les distributeurs et leurs fournisseurs, qui empêche de comprendre pourquoi les prix des produits bruts et sains augmentent plus que ceux des aliments transformés. La commission d’enquête propose plusieurs pistes, dont l’encadrement des marges et une meilleure information du consommateur sur la répartition de la valeur.
Les suites politiques attendues
Le rapport du Sénat, adopté le 19 mai, constitue une base de travail pour les parlementaires. La coalition d’associations espère que ses recommandations seront traduites dans un texte de loi avant la fin de l’année. Les débats promettent d’être vifs, entre la défense de la libre concurrence par les distributeurs et les revendications des associations pour une alimentation saine et accessible à tous.