Les signes d'accalmie des derniers jours ont cédé la place à une escalade verbale entre les États-Unis et l'Iran. Après des frappes américaines dans le sud du pays, les autorités iraniennes maintiennent un blocus continu du détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour un tiers du trafic maritime mondial de pétrole. Dans ce climat de tensions extrêmes, des navires-citernes continuent pourtant de franchir ce goulet d'étranglement.

Qui sont ces tankers ?

Les pétroliers qui transitent par Ormuz appartiennent principalement à des compagnies des Émirats arabes unis, d'Arabie saoudite, du Koweït et d'Irak. Certains battent pavillon de complaisance (Panama, Marshall, Libéria) pour bénéficier d'une couverture juridique et d'une assurance moins disjonctive. Sous la pression américaine, plusieurs armateurs ont toutefois suspendu leurs rotations vers les ports iraniens, redirigeant leurs cargaisons vers des terminaux de substitution.

Comment contournent-ils le blocus ?

Les tankers qui passent encore empruntent des couloirs de navigation étroits, parfois escortés par des navires de guerre d'États du Golfe ou, plus rarement, par des bâtiments de la marine américaine. Les équipages – souvent philippins, indiens ou bangladais – naviguent sans escale technique à quai dans les zones sous contrôle iranien. Les compagnies d'assurance maritime ont multiplié les primes de guerre, rendant chaque traversée extrêmement coûteuse.

Le rôle ambigu de la marine américaine

Washington a déployé depuis plusieurs semaines un groupe aéronaval dans la mer d'Arabie, renforcé par des destroyers équipés de systèmes de défense antimissile. Les frappes américaines dans le sud de l'Iran visaient, selon le Pentagone, des sites de lancement de drones et de missiles antinavires utilisés par les Gardiens de la Révolution pour menacer le trafic civil. En représailles, Téhéran a intensifié ses inspections et ses arraisonnements : au moins trois pétroliers étrangers ont été immobilisés ces dernières quarante-huit heures.

Conséquences sur le marché pétrolier

Le frottement des tankers sous blocus pèse directement sur les cours du brut. Le baril de Brent a bondi de près de 8 % depuis l'annonce des frappes, les traders intégrant une prime de risque inédite sur le passage d'Ormuz. Les réserves stratégiques des pays importateurs – notamment en Asie du Sud‑Est et en Europe du Sud – commencent à être entamées pour pallier les retards de livraison.

Quelles alternatives ?

Plusieurs armateurs testent des routes de contournement, notamment via le terminal de Fujaïrah (Émirats arabes unis) qui dispose d'un oléoduc terrestre vers le port de l'océan Indien, ou via le golfe d'Aden. Mais ces solutions rallongent les délais et augmentent les coûts. Le détroit d'Ormuz reste, de loin, la voie la plus directe et la plus empruntée malgré l'insécurité.

Un jeu de dupes diplomatique

En coulisses, des médiations émiraties et omanaises tentent d'obtenir des garanties de passage pour les navires non liés à l'Iran. L'Inde, grande importatrice de pétrole iranien, a dépêché des émissaires à Téhéran et à Riyad. Mais l'absence d'accord sur un cessez‑le‑feu global maintient la pression sur cette voie maritime vitale pour l'économie mondiale.