La réunion prévue mercredi 20 mai pour approuver une réforme majeure de la politique migratoire européenne a été reportée à deux reprises avant d'être finalement fixée au lundi 1er juin. Les États membres et le Parlement européen butent sur un dernier point : la date d'entrée en application de la loi. Malgré ce retard, un accord de principe sur le texte a déjà été obtenu.
Des « hubs de retour » très attendus
Au cœur de la réforme figure la création de centres d'hébergement pour migrants en dehors du territoire de l'UE, officiellement appelés « hubs de retour ». Ce dispositif est vivement plébiscité par plusieurs pays européens comme le Danemark, l'Autriche ou l'Allemagne. Certains de ces États ont d'ailleurs déjà commencé à réfléchir aux localisations et aux calendriers d'ouverture, sans attendre le feu vert européen.
La Commission européenne avait proposé ce mécanisme il y a un peu plus d'un an, en complément d'autres mesures destinées à augmenter significativement le nombre d'expulsions. Actuellement, seules environ 20 % des décisions de renvoi prises dans l'UE aboutissent réellement, notamment en raison des difficultés à renvoyer des exilés dans leur pays d'origine. Ce chiffre est régulièrement mis en avant par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme pour illustrer le manque de contrôle sur les flux.
Des sanctions renforcées
Le texte prévoit également des règles et sanctions plus strictes pour les migrants refusant de quitter le territoire : confiscation des documents d'identité, détention et interdictions d'entrée prolongées au sein de l'UE. Ces dispositions suscitent l'enthousiasme des droites au Parlement européen et d'une large majorité d'États membres. « Ce n'est pas un texte de plus, mais la condition pour reprendre le contrôle de la politique migratoire en Europe », a déclaré l'eurodéputé français François-Xavier Bellamy.
Vives critiques des ONG et de la gauche
À l'inverse, la gauche et les organisations non gouvernementales dénoncent des mesures contraires au droit international. « Loin de résoudre le problème qu'elles prétendent traiter, à savoir la réduction de la migration irrégulière, ces propositions risquent de précipiter davantage de personnes dans des situations précaires », a alerté Olivia Sundberg Diez, d'Amnesty International.
Des précédents peu concluants
L'idée de centres de rétention pour migrants avant ou après l'examen de leur demande d'asile n'est pas nouvelle. L'Italie l'a testée en Albanie sous l'impulsion de la Première ministre Giorgia Meloni, mais le centre est longtemps resté largement vide en raison d'une série de contestations judiciaires. En début d'année, il n'accueillait qu'environ 90 personnes. De même, un accord signé entre le Royaume-Uni et le Rwanda a été abandonné par Londres après des obstacles juridiques.
Des négociations discrètes pour éviter les erreurs
Les cinq pays de l'UE les plus actifs sur ce dossier se réunissent régulièrement à Bruxelles pour élaborer des modèles qui ne reproduiraient pas ces échecs. Selon des sources proches des discussions, une liste d'une dizaine de pays tiers potentiels a été dressée pour accueillir ces centres ou pour d'autres projets migratoires. Le Rwanda, l'Ouzbékistan et l'Ouganda sont régulièrement cités comme des pistes crédibles. L'Allemagne, très impliquée, a dit vouloir conclure de premiers accords « d'ici la fin de l'année ». En revanche, la France et l'Espagne se montrent sceptiques quant à l'efficacité de ces centres et restent en retrait des discussions.