Des révélations sur la relocalisation d’une usine contestée

Fin 2025, une enquête a révélé que l’ancienne usine Miteni de Vicence, en Italie, fermée en 2018 après avoir été impliquée dans l’un des plus vastes scandales de contamination environnementale du pays, avait été acquise par le groupe indien Laxmi Organic Industries. L’installation, qui produisait des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), également connues sous le nom de « polluants éternels », a été partiellement reconstruite en Inde.

Cette information a déclenché des protestations dans plusieurs États indiens, où des habitants et des organisations environnementales dénoncent l’absence de réglementation sur les PFAS. Des questions ont été soulevées au Parlement indien, des députés réclamant un encadrement strict de la production et de l’importation de ces substances chimiques persistantes. À Mumbai, New Delhi et dans plusieurs villes industrielles, des rassemblements ont réuni des centaines de personnes, avec des pancartes réclamant « Pas de polluants éternels dans notre eau » et « Réglementez les PFAS maintenant ».

Un passé lourd de conséquences sanitaires

En Italie, l’usine Miteni a laissé derrière elle la contamination de l’un des plus grands aquifères d’Europe, affectant plus de 350 000 personnes dans les provinces de Vicence, Vérone et Padoue à travers l’eau potable. Les anciens employés de Miteni ont été particulièrement touchés : l’un d’eux présentait l’une des concentrations de PFAS dans le sang les plus élevées jamais enregistrées.

En juin 2025, d’anciens dirigeants de Miteni ont été condamnés en première instance pour la contamination liée à l’usine, un jugement salué comme une avancée majeure pour la justice environnementale en Europe. Des niveaux élevés de PFAS dans le sang sont associés à un risque accru de cancer, de maladies cardiovasculaires, de lésions hépatiques et rénales, de troubles de la reproduction, entre autres pathologies.

Un appel à la régulation en Inde

L’Inde ne dispose pas encore de normes spécifiques limitant la présence de PFAS dans l’environnement ou les produits de consommation. Les manifestants et plusieurs parlementaires appellent le gouvernement à adopter une législation inspirée des réglementations en vigueur dans l’Union européenne et aux États-Unis, où les PFAS sont de plus en plus encadrés. La question de l’absence de réglementation sur les PFAS a été soulevée au Parlement indien, où des élus ont demandé des comptes au gouvernement sur les mesures prises pour empêcher l’importation de déchets toxiques et contrôler les substances chimiques persistantes.

Le rachat de l’usine Miteni par Laxmi Organic Industries symbolise, pour les critiques, le risque de délocalisation de la pollution vers des pays aux normes environnementales moins strictes. L’entreprise indienne n’a pas encore répondu publiquement aux accusations, mais l’affaire a relancé le débat sur la responsabilité des multinationales et la nécessité d’un contrôle international des substances dangereuses.

Un problème mondial

Les PFAS sont utilisés dans une multitude de produits, des poêles antiadhésives aux vêtements imperméables, en passant par les mousses anti-incendie. Leur persistance dans l’environnement et leur capacité à s’accumuler dans les organismes vivants leur valent le surnom de « polluants éternels ». La communauté scientifique et les autorités sanitaires s’inquiètent de leur accumulation à l’échelle planétaire.

Les protestations en Inde s’inscrivent dans un mouvement global de prise de conscience. Plusieurs pays ont déjà interdit ou limité la production de certains PFAS. L’affaire Miteni rappelle que le problème ne se limite pas aux frontières nationales et que la coopération internationale est indispensable pour endiguer la contamination. Les manifestants indiens entendent maintenir la pression pour que leur pays ne devienne pas une décharge pour les industries polluantes du Nord global.