Dans un environnement mondial marqué par les crises et le recul de l’attractivité européenne, la France parvient à maintenir son rang. Selon le baromètre annuel du cabinet d’audit et de conseil EY, le pays a accueilli 852 implantations nouvelles ou extensions de sites en 2025, sur un total de 5 026 projets recensés sur le continent. Elle conserve ainsi la première place des destinations d’investissements directs étrangers en Europe, une position qu’elle détient depuis plusieurs années.

Parmi les 500 dirigeants internationaux interrogés par EY, 38 % placent la France parmi les pays les plus attractifs du Vieux Continent. L’Allemagne et le Royaume-Uni sont ex æquo à 31 %, tandis que la Suisse, l’Espagne et la Pologne arrivent loin derrière. Ce score, bien que positif, est en baisse par rapport aux années précédentes.

Une opinion positive « historiquement basse »

Si la France séduit encore, elle doit pourtant faire face à une défiance croissante. « Le niveau d’opinion positive n’est pas nul mais historiquement bas », résume le rapport d’EY. Les investisseurs étrangers pointent du doigt l’instabilité politique persistante, les débats parlementaires sans fin dans une Assemblée nationale sans majorité claire, et surtout l’absence de visibilité sur les réformes à venir. Ce manque de cap politique et économique nuit à la confiance des entreprises contrôlées par des capitaux étrangers.

Les dirigeants internationaux interrogés réclament en priorité davantage de simplification administrative et de modernisation, ainsi qu’un assainissement des finances publiques. La tâche incombe notamment au ministre de l’Économie Roland Lescure, qui doit convaincre les investisseurs que le gouvernement est capable de mener des réformes structurelles dans un contexte parlementaire fragmenté.

Un contexte européen difficile

La performance française s’inscrit dans un paysage européen globalement morose. Le nombre total de projets d’investissement en Europe a tendance à reculer, sous l’effet de la concurrence accrue des États-Unis et de l’Asie, mais aussi des incertitudes réglementaires et énergétiques. Dans ce cadre, la France tire son épingle du jeu grâce à ses atouts historiques : main-d’œuvre qualifiée, infrastructures de qualité, fiscalité des entreprises améliorée ces dernières années.

Cependant, les dirigeants étrangers attendent désormais des signaux forts. Ils souhaitent que Paris aille plus loin dans la politique de l’offre, en allégeant les contraintes pesant sur les entreprises et en donnant une visibilité à long terme sur les orientations économiques. L’enjeu est crucial pour le pays, dont la croissance et l’emploi dépendent en partie de l’attractivité auprès des capitaux étrangers.

Un signal d’alerte pour l’exécutif

Le baromètre d’EY intervient alors que l’exécutif tente de rassurer les milieux économiques après plusieurs mois de turbulences politiques. L’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale a ralenti l’adoption de textes clés et nourri le sentiment d’instabilité. Les annonces récentes de Bercy sur la préparation du budget 2027 visent à montrer une volonté de rigueur et de planification, mais les investisseurs attendent des actes concrets.

La France n’a pas perdu son statut de leader européen, mais l’érosion de la confiance est un avertissement. Si elle ne parvient pas à clarifier rapidement son cap politique et à mener des réformes crédibles, elle risque de voir d’autres pays, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, grignoter son avance dans la course aux investissements étrangers.