À l’approche de l’Aïd al-Adha, l’une des fêtes les plus importantes du calendrier islamique, le gouvernement iranien a mis en place un réseau de vente de viande de sacrifice à prix subventionné. Une annonce faite mardi par une instance municipale de Téhéran fixe le kilogramme de viande de sacrifice à 7,4 millions de rials (environ 4,30 dollars), soit un prix plus de trois fois inférieur à celui pratiqué sur le marché libre. Cette mesure vise à contenir une inflation qui frappe durement les ménages, alors que le salaire minimum mensuel est inférieur à 100 dollars.
Une baisse de la demande de viande rouge
La consommation de viande rouge a chuté de 50 % par rapport à l’année précédente, selon Masoud Rasouli, représentant de l’industrie de la viande, cité par l’agence de presse Mehr. Il précise que les importations destinées à compenser les effets du blocus américain n’ont pas relancé la demande, et que le cheptel local suffit aux besoins du marché. De nombreux Iraniens remplacent la viande rouge par du poulet, des œufs et des légumineuses, dont les prix ont également fortement augmenté. Une habitante de Téhéran témoigne : « J’achète de la viande pour un ragoût environ toutes les trois semaines ; pour certaines familles du quartier, c’est devenu une sorte de luxe. »
Inflation record et pression sur les ménages
Selon le Centre statistique d’Iran, l’inflation sur un an dépassait 73 % fin avril. Le riz a augmenté de 173 %, le poulet de 191 %, et l’huile de cuisson a plus que quadruplé. Les chiffres du mois suivant devraient être encore plus mauvais, selon les analystes. Un jeune employé d’une boucherie du sud-ouest de Téhéran rapporte : « Nos ventes étaient un peu plus élevées aujourd’hui à cause de l’Aïd, mais nous voyons nos clients les plus fidèles beaucoup moins souvent. La plupart des conversations portent sur les prix. »
Contexte de guerre et de négociations
Ces mesures s’inscrivent dans un contexte de blocus des ports iraniens et de sanctions américaines, accompagnés de frappes et d’échanges de tirs. L’Iran et les États-Unis mènent des négociations par l’intermédiaire de médiateurs régionaux pour tenter de mettre fin à la guerre, mais aucun accord n’a été trouvé malgré un projet de protocole d’entente quasi finalisé.
Messages religieux et politiques
Lors de la grande prière de l’Aïd organisée mercredi à l’université de Téhéran, l’ayatollah ultraconservateur Ahmad Khatami, membre du Conseil des gardiens et de l’Assemblée des experts, a prononcé un sermon politique. Il a déclaré que « se soumettre à l’humiliation » est un exemple de « mal » et le comble du vice, et a qualifié le président américain Donald Trump de « fou assis dans la Maison Noire – que l’on appelle à tort Maison Blanche ». Il a ajouté : « Vos ennemis, les ennemis de la nation iranienne, veulent votre humiliation. Mais ce fou emportera ce souhait dans sa tombe. » Khatami a également salué les rassemblements nocturnes de soutien au gouvernement, qu’il a qualifiés de « phénomène sans précédent », et a annoncé qu’ils se reproduiraient pendant les nuits de l’Aïd.